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Interview de Emilie Yakich, directrice du Chantier des Francofolies : « Etre imaginatif ! toujours ! »

Interview de Emilie Yakich, directrice du Chantier des Francofolies : « Etre imaginatif ! toujours ! »

29 janvier 2021 | PAR Jean Emmanuel P.

A l’occasion de la présentation du programme 2021 d’accompagnement de jeunes artistes du Chantier des Francofolies, Toute La Culture a souhaité interroger sa directrice, Emilie Yakich. Ce dispositif original, qui a déjà plus de 20 ans, n’a pas hésité à s’adapter dans cette période si particulière, pour que les P.R2B, Terrier, et Bandit Bandit d’aujourd’hui…pour ne prendre qu’eux, deviennent les… Christine & The Queens, Ben Mazué et Radio Elvis… de demain.

Pourriez-vous nous rappeler comment est née l’initiative du Chantier des Francofolies et quelles sont les nouveautés de cette nouvelle session 2021 ?

Emilie Yakich. Le Chantier des Francofolies est né il y a 22 ans à l’initiative de l’équipe organisatrice du festival des Francofolies de La Rochelle. Le festival a toujours eu à chœur de programmer des jeunes artistes, encore aujourd’hui plus de 60% de la programmation est dédiée à l’émergence sur les 12 scènes du festival.

C’est donc en 1998, que l’équipe a souhaité déployer un accompagnement au-delà du temps de diffusion du festival, c’est comme ça qu’est né le Chantier des Francofolies. Chaque année, une quinzaine d’artistes rejoint La Rochelle entre janvier et juin pour bénéficier de nos équipements (une salle de 150 places équipée en son et lumière, une maison associée avec un studio de danse, de travail vocal et un home studio.

Les artistes vont pouvoir à tour de rôle utiliser ces espaces sous le regard et l’oreille avisé des contributeurs du Chantier des Francofolies. 22 professionnels (artistes, chanteurs, musicien, chorégraphe, ingénieur son et lumière…) travaillent à nos côtés chaque année pour apporter compétence, savoir faire, attention et bienveillance pour faire éclore les jeunes artistes de la sélection sur scène.  

Bandit Bandit – Rock

Pourriez-vous préciser comment se déroule le Chantier des Francofolies dans le contexte de la crise ? 

EY. Pour cette année 2021, nous avons décidé de poursuivre l’accompagnement des artistes de 2020. Ils sont 15. Ce que nous leur proposons est un soutien à la carte tenant compte de leurs besoins, ils peuvent donc piocher tout au long de l’année dans différentes propositions imaginées pour eux :

  • résidence d’écriture et de composition à la Maison Deman ;
  • résidence scénique dans la salle du Chantier, avec ou sans contributeur ;
  • option « contributeur au long cours » qui est en fait un soutien régulier de la part d’un professionnel de l’équipe pour bénéficier de son regard, de son écoute ;
  • option « pack de remise en scène » avec un quotas d’heures de chant, de travail corporel et scénique mis en place en amont de la reprise de concert pour se rappeler les bases, bénéficier d’un échauffement général. 

Les artistes qui arrivent en 2021 auront eu un parcours normal sous forme de sessions de travail à La Rochelle, les sessions étant ces résidences où plusieurs artistes se croisent et travaillent en parallèle dans une émulation générale et avec la complicité des contributeurs leurs spectacles respectifs.

Martin Luminet – Chanson pop

Vous accompagnez cette année 22 artistes, dont 7 ont été sélectionnés au titre de l’année 2021. Comment s’est déroulé le processus de sélection ? (lieu de détection des talents…) Comment a-t-il évolué du fait du contexte actuel ? 

EY. Nous souhaitions vraiment compléter la sélection 2020 et poursuivre un processus de repérage. Nous avons ouvert les candidatures en septembre, selon un processus identique à d’habitude. Au-delà de l’écoute, la candidature est toujours composée d’un dossier (simple mais qui permet de comprendre où en est l’artiste dans sa démarche professionnelle). A partir de ces éléments, nous avons commencé une short list avec l’équipe de repéreurs, qui pour cette année, était là même qu’en 2020 (nous souhaitions conserver une cohérence dans la sélection globale). Nous avons pu voir certains artistes en sortie de résidence sur le mois de novembre, pour d’autres artistes, nous avons organisé des visio pour parler avec eux de leur projet, de leur relation à la scène, de leur compréhension du travail au Chantier, enfin, certains artistes étaient dans nos radars depuis début 2020 et nous avions eu la chance de les voir sur scène notamment dans le cadre de la tournée Scène Sacem, Chantier des Francos. 

Comment voyez-vous l’émergence des nouveaux talents dans le contexte actuel et quels seraient vos conseils pour faciliter leur insertion dans le paysage scénique actuel et futur ? 

EY. L’émergence de nouveaux artistes dans le contexte actuel qui empêche l’organisation de concert passe forcément par d’autres média de partage avec le public, il est donc précieux de développer de nouveaux outils, de nouvelles collaborations et plus de contenus. C’est ce que nous faisons avec Ground Control par exemple, en proposant des podcast de chaque artiste, c’est ce que nous ferons tout au long de l’année avec Kickers en créant plus de vidéo lors des sessions au Chantier. Nous allons certainement plus ouvrir les portes virtuelles du Chantier des Francos, montrer plus en détail le travail, le processus et nous permettre de parler des artistes.

Terrier – Rock chanson

ll y a dans cette lignée, une décision importante que nous avons prise qui est celle de la fusion de l’ensemble de nos comptes réseaux sociaux, désormais toute l’actualité du Chantier des Francos se retrouve sur les réseaux des Francofolies. De plus, nous avons fait évoluer notre nom en Chantier des Francofolies. Le Chantier est désormais prêt à être un lieu de repérage identifié pour le public, sa reconnaissance est réelle auprès des professionnels et des médias, il est maintenant temps qu’on passe plus d’énergie à parler directement au public de ces jeunes artistes.

Pour la 2èmepartie de la question concerne l’insertion dans le paysage scénique, j’ai envie de dire qu’il faut être imaginatif ! toujours ! en présentant les artistes sur scène, en format acoustique, pour les médias le 26/01 dernier à Paris au Théâtre de l’Atelier, nous avons montré que, même dans des formes qui ne sont pas les leurs habituellement, les artistes du Chantier des Francos sont des artistes de live, c’est leur levier, c’est là où ils s’épanouissent. Les balades chantées que nous avions imaginées avec eux lors des Francos dans l’air en juillet 2020 allaient dans ce sens également et ont permis de les faire jouer, malgré les contraintes sanitaires, en acoustique, en balade, devant une 20 aine de personnes, plusieurs fois par jour. Toutes ces initiatives sont des actes de résistance pour faire vivre la musique live et nous devons continuer à imaginer des formes. 

Comment percevez-vous les nouveaux talents que vous accompagnez aujourd’hui ? 

EY. Je trouve que les nouveaux talents de cette sélection 2020 /2021 sont des êtres très courageux, artistiquement et humainement doués. Je ressens depuis l’année dernière que ce dispositif du Chantier des Francofolies qui a toujours souhaité être au service des artistes, se construit désormais littéralement de l’énergie des jeunes artistes, nous les veillons, les écoutons, et imaginons sur ces besoins, des ressources, des outils pour eux….ils sont une force incroyable et c’est pour cela que nous devons permettre leur découverte par le public. Ils ont beaucoup à apporter à la société.

Interview recueillie par Jean-Emmanuel

Crédits photos : Chantier des Francofolies et JEP

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