Musique
Les Francofolies de La Rochelle : ralentir la cadence

Les Francofolies de La Rochelle : ralentir la cadence

14 juillet 2021 | PAR Cedric Chaory

Troisième jour de festivités aux Francos et comme une envie de chill : nous irons donc à la rencontre des univers world d’Aurus et de Blick Bassy avant de rejoindre l’émouvante Jane Birkin et le poète Francis Cabrel.

Voyages musicaux

© Amanda Bronscheer Mention La Rochelle info 

Le premier choc c’est la voix. La voix de Bastien Picot, alias Aurus, d’une puissance et d’une perfection juste irréelle. En une vocalise aigüe en début de récital, celle-ci souffle la salle Verdière et intrigue son public. Mais qui est ce chanteur à la voix d’or ? Comme tous les choristes, Aurus est longtemps resté à l’ombre des très grands : Stevie Wonder, Charles Aznavour, Yaël Naim, Richard Bona. What else ? Mais aujourd’hui, la lumière se pose enfin sur lui. Cela fait déjà quelques années qu’Aurus navigue de projet en projet. Récipiendaire du titre artiste Révélation du Chantier des Francos en 2020, l’artiste réunionnais a sauté le pas en publiant son premier EP éponyme, world-pop percussive qui n’est pas sans rappeler le meilleur de Woodkid ou de Peter Gabriel.

Pour ce concert rochelais, nul besoin d’en faire des tonnes. Accompagné de ses batteur Baptiste de Chabaneix et claviériste Anthony Winzenrieth, coiffé d’un élégant bijou en forme de soleil qui abrite un œil versant une larme, l’auteur-compositeur dévoile les quatre titres de son EP, plus quelques autres dont un étonnant cover d’ « American Boy », tube groovy d’Estelle (2008). Aurus nous chante son yankee de mec et en profite pour féliciter cette jeunesse réunionnaise qui a défilé lors de la 1re marche des Fiertés de l’île, en mai dernier (j’ai pourtant souvenir en 2003 d’avoir défilé à Saint-Gilles-les-Bains à l’occasion de… la première Gay Pride péi). « Être qui on est sans concession et garder toujours la tête haute », tel est le conseil que l’artiste donne au public avant d’interpréter « Momentum ». Voici mon humble conseil : qu’Aurus reste tel quel, tête haute et froide, car il m’est avis qu’une carrière jonchée de succès l’attend au tournant.

Blick Bassy succède à Aurus. L’engagé chanteur camerounais est venu présenter aux festivaliers son nouvel album 1958, opus dédié à la mémoire et l’histoire de Ruben Um Nyobè, leader indépendantiste camerounais abattu par l’armée française en septembre 1958. Soit onze titres nés de 250 mélodies initiales, sa langue natale, le bassa, et son enfance forgée dans le village de son oncle. Tous ne seront pas chantés durant ce set doux, mélodieux, tel un recueillement. Le public, aussi médusé que séduit, écoute religieusement les chroniques allègres de l’artiste soufflées de sa voix de conteur. Puis, comme un seul homme se lève pour féliciter l’artiste et ses deux musiciens pour ce moment de grâce. Standing ovation.

Tout doux, tout doux

© Antoine Monegier

18 h 45, scène Jean-Louis Foulquier. Gérard Pont, directeur des Francos, déboule sur scène : « Vous êtes tous là ce soir pour applaudir Francis Cabrel mais merci d’accueillir avant lui Jane Birkin ». Grande habituée du festival (sa dernière venue remonte à 2018, le soir où la France remportait la Coupe du Monde de Football), Jane B. entre sur l’intro de « Je t’aime moi non plus » avant de susurrer à sa manière exquise « Jane B. », ce portrait définitif que lui a composé le maître Gainsbourg en 1969. Pour qui chérit la chanson française, Jane Birkin est un phare, un monument, un patrimoine à elle toute seule… Pour ce tour de chant, elle reprend abondamment « L’histoire de Melody Nelson », disque concept au panthéon de l’histoire de la chanson française. C’est osé : l’album fit un four à sa sortie et pas sûr que le public présent ce soir-là ne connaisse les titres « Melody », « L’hôtel particulier » ou encore « Ah Melody ». Mais en revanche, les festivaliers chantent en pilote automatique « Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve », « Quoi », « Ex-fan des sixties », « Di Doo Dah ». Une série de tubes étourdissante qui étouffe dans l’œuf les moqueries sur son filet de voix, indéniable charme de l’artiste.

L’an passé, elle a publié son album le plus personnel Oh ! pardon tu dormais, composé par Étienne Daho. Le prince de la french pop lui a fait l’honneur de l’accompagner, à La Rochelle, sur le titre éponyme de l’album. À sa manière, discret et élégant, il est resté en retrait de la chanteuse et des musiciens. Hors de question de voler la vedette à qui que ce soit, sa seule présence ayant provoqué un émoi très bruyant dans la fosse.

C’est sur « Les jeux interdits« , son dernier succès, que Jane quitte le public, toute frêle dans son inséparable jean-basket, grandement émue par les applaudissements nourris qu’elle reçoit et l’autorise à délivrer deux autres titres.

© Antoine Monegier

Clairement nous n’avons pas pogoté avec Jane et ce ne sera pas non plus la folie des grands soirs avec Francis Cabrel. Mais on le sait, on ne vient pas pour ça : on vient pour chanter en chœur du folk français comme réunis autour d’un feu de bois en forêt ou sur une plage. Et c’est ce qu’on a fait : chanter en chœur avec Francis. Des « Petite Marie », « Murs de poussières », « Sarbacane ». Chanter « Encore et encore » et par cœur. C’est sidérant de voir que toute génération présente ce soir-là porte en elle quelque chose du troubadour hexagonal qui a concocté une savante setlist entre vieux tubes et chansons extraites de son dernier album À l’aube revenant. Pour ma part, je garde en mémoire son interprétation d’ »Octobre »… ou bien était-ce le public qu’il l’a interprété ? Un moment suspendu aux cordes de la guitare de Monsieur Cabrel.

Visuel de Une : © Antoine Monegier

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