Musique
Les Francofolies de La Rochelle : Boire, vaudou et Monsieur Faye

Les Francofolies de La Rochelle : Boire, vaudou et Monsieur Faye

13 juillet 2021 | PAR Cedric Chaory

Après avoir fait le plein pour leur ouverture, les Francos étaient quelque peu désertées ce dimanche 11 juillet, notamment sur la grande scène. Miossec, lui, a fait salle comble, Imany, très forte impression, et Gaël Faye a prouvé, si nécessaire, qu’il est un artiste essentiel.

On n’est pas sérieux quand on a 25 ans

© by Dimworks – Miossec

Boire, premier album culte du brestois Miossec, fête ses 25 ans ; et me reviennent en mémoire les nombreuses soirées lycéennes, rue de la Soif à Rennes, où j’éructais les rugueux tubes de ce classique de la chanson française : « Non, non, non (je ne suis pas saoul) », « La fille à qui je pense », « Le cul par terre »… Ce dimanche 11 juillet à La Coursive, et après avoir triomphé aux Vieilles charrues, Christophe Miossec poursuit sa « tournée-anniversaire de Boire ». Le public est au rendez-vous : la salle est comble, de « bretonnants » en grande partie. Miossec a son fan club. Depuis un quart de siècle. Dans un décor sobre constitué de larges pans de tissus où sont projetées des lumières donnant l’impression de caf’conc’, l’artiste est encadré de ses quatre zikos : deux guitaristes, un bassiste et une violoniste. Le tout en frontal. C’est sobre et du plus bel effet. L’ambiance est rock, forcément, mais elle va crescendo. Christophe, totem hiératique, ne bougera pas d’un iota. Pas la peine, sa voix rocailleuse emplit tout l’espace. Inutile alors de s’agiter. Ce sont les musiciens qui mouvront, notamment à la toute fin du concert où les trois dernières chansons, soutenues par une batterie démoniaque, électriseront la scène. Après avoir revisité en intégralité Boire, Miossec pioche dans sa discographie et nous livre de façon magistrale « La mélancolie », d’une puissance vertigineuse. « 1995, s’écrie t-il, ça fait bizarre d’être une grande personne. » Un spectateur lance à la volée : « Vive la Bretagne ! » En forme de réponse, l’artiste dit : « Libre et indépendante. Sécession ! ». On a beau être une grande personne, on n’en reste pas moins turbulent. Breton.

Chamane Chic

©by Dimworks – Imany

Après deux albums soul et folk à l’élégance folle The Shape of a Broken Heart (2011) et The Wrong Kind of War (2016), Imany s’apprête à publier, à la rentrée, un album de reprises de chansons pop. L’idée, sur le papier, peine à séduire. Voodoo Cello contiendra entre autre les covers de « Total Eclipse of the Heart » de Bonnie Tyler, « Like a Prayer » de Madonna, « Still Standing » d’Elton John, « Creep » de Radiohead ou encore le récent « Believers » d’Imagine Dragons. Bref, à boire et à manger. L’intérêt perce cependant quand on lit que, pour cela, l’artiste s’est entourée de huit violoncelles pour faire totalement siennes ces chansons entendues jusqu’à l’overdose.

Dans le cadre de sa tournée européenne longue comme le bras, Imany dévoile aux Francos son Voodoo Cello et dès son entrée sur scène jette un sort au public. Revêtue d’une immense cape noire, elle arpente la pénombre de la scène avec un flambeau. A cappella, elle entonne « Concrete Jungle » de Bob Marley avant de s’asseoir sur un fauteuil polynésien qu’une Emmanuelle libertine a rendu célèbre. Ses huit violoncellistes prennent ensuite place : ils ne quitteront plus le plateau, faisant partie intégrante d’une mise en scène ultra-esthétisante. Sobre, envoûtant, baigné de lumières chatoyantes d’un camaïeu rouge orangé ou bleu rivière, ce concert-spectacle conçu par Imany est une totale réussite. Quelle dose de talent il faut pour rendre agréable à l’ouïe « All the things she said » de feu t.A.T.u. !

Pour ne pas briser la magie du show, Imany ne prend la parole qu’à la toute fin du spectacle, expliquant que cela faisait trois ans qu’elle n’était pas montée sur scène, quatre ans qu’elle n’était pas venue à La Rochelle. « Le vaudou est l’art de faire et voir les choses autrement… Voodoo Cello parle de cela. Voir les choses autrement pour que le monde avance autrement. » Vu avec ses yeux de chamane chic, c’est un monde ré-enchanté que nous offre Imany.

Monsieur Faye

Esplanade Saint-Jean-d’Acre – 21 heures. C’est un autre message politique que lance au public Gaël Faye : avant d’entamer la chanson coup-de-poing de son album Lundi Méchant : Seuls et vaincus. « L’année 2022 va être décisive. Combattons ensemble l’obscur. L’avenir sera ainsi chatoyant ! »

Il est des artistes qui ont tout pour eux : l’intelligence, le charisme, le talent. Gaël est de ceux-là. Et en plus il tient la scène comme personne, ne se laissant pas démonter par une jauge extrêmement parsemée (seulement 2 000 festivaliers présents sur les 5 000 places prévues). Déroulant les morceaux emblématiques de son second opus, il remporte la mise avec « Lundi méchant », « Respire », ou encore « Chalouper » et plie définitivement le game avec « Histoire d’amour » (interprété avec son complice Samuel Kamanzi) et « Boomer » repris en chœur par le public. Découvert il y a tout juste dix ans au Printemps de Bourges, on mesure là le parcours d’un artiste entier, doublé d’un sacré bosseur.

Visuel de Une : Miossec ©By Dimworks

 

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