Danse
Dépassement du geste et humour fou pour le programme 2 de la Belle Scène Saint-Denis

Dépassement du geste et humour fou pour le programme 2 de la Belle Scène Saint-Denis

13 juillet 2021 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Après un programme 1 qui avait pour fil conducteur le collectif, le programme 2 de La Belle Scène  Saint-Denis, le hors les murs provençal du théâtre Louis Aragon de Tremblay, montre que le mot danse peut être, très, mais alors très pluriel !

Les gros bonshommes en mousse

Tout commence dehors où deux gros bonshommes en mousse cherchent la bonne place pour poser leurs serviettes de bain sur la plage. Oui vous avez bien lu. On commence la journée en riant fort (il est 10 heures, ce qui dans la bulle avignonnaise vaut un 7 heures du mat’ à peu près IRL !). Sous les costumes, faits en fleurs de bain, se cachent mais alors se cachent bien Clédat & Petitpierre.

La danse est ultra-contrainte vu que le duo ne voit rien, absolument rien. Tout est affaire de compte et c’est au pas près. C’est fou de précision, c’est fou d’idée.

Non sérieusement, quel artiste se dit : « ça te dit, on se la joue bonhomme Michelin version plage. Ce serait trop cool, non ? Moi je serais en maillot rayé vert et toi rouge, on aurait un gros ballon en mousse jaune, des bonnets de bain noirs et des serviettes bleues qu’on plierait et déplierait. » Ben eux. Yvan Clédat et Coco Petitpierre, chorégraphes, plasticiens, performeurs, habitués de ce genre d’apparitions dans lesquelles le réel se fout bien d’avoir l’air réel.

Alors, ils sont à la plage, vraiment. Ils s’allongent, se lèvent, regardent au loin, tout cela sans jamais rien y voir, et empêchés par des costumes au-delà du volumineux. Délicieux.

Mémoire et histoire

Et c’est d’un signe de la main que Sylvain Prunenec leur dit bye bye. Ce merveilleux danseur commence sa pièce, Le fil, sur une phrase chorégraphique, qui nous semble hyper bien écrite. Comme une marche, où les directions se parent d’équilibre. Et il va tout nous dire.

Cette phrase est effectivement très bien écrite, car elle est extraite de One Story as in Falling, créée par Trisha Brown pour Dominique Bagouet. Rien que d’écrire ça, c’est fou. Trisha pour Dominique… en 1992, année où Bagouet meurt du sida à 41 ans.

Le fil n’est pas un inventaire, ni une histoire de la danse. La pièce parle de l’inconscient du danseur. Prunenec raconte (oui les danseurs parlent, ça fait un moment que c’est le cas, au moins 50 ans !), les traces des mouvements dans son corps.

Il raconte comment la mémoire joue des tours et lui fait croire qu’une scène de Duboc appartenait à Trisha. Pendant qu’il raconte, le danseur montre, l’occasion de revoir à quel point l’écriture chorégraphique des années 1990 était magistrale. Tout est avalé, le classique, le baroque, pour laisser place à une danse qui n’orne rien mais qui parle, cette fois-ci de façon symbolique. Prunenec montre le corps acteur de lui-même, autonome, militant, libre. Merci !

Boot camp

Comme si Emmanuelle Jouan avait voulu programmer un cours sur le geste contemporain en 2021, après la performance et l’inconscient, nous arrivons dans un pas de deux musclé, où là la danse tire le fil (tiens, encore une fois !) d’une idée pour la pousser au max.

Bastien Lefèvre et Clémentine Maubon nous présentent un extrait d’Abdomen. Dans ce boot camp et pour cette version resserrée pour le plein air de la cour de la Parenthèse, ils attaquent en mode abdos/fessiers en crop top orange et tout petit slip noir. 

Ça va vite, c’est très musclé. C’est très drôle. Et le pas de deux, dont presque tous les mouvements sont empruntés à la gym en salle, évolue en geste amoureux où le désir passe par le nombril dans une électricité voyageuse. À voir à Paris au théâtre Louis Aragon le 11 décembre 2021 et au Théâtre de Vanves, lors du festival Danse Dense les 15 et 16 décembre 2021. Balaise !

Politique

Et tout se termine, de façon logique avec une danse fusion, aux frontières du contemporain, de la danse africaine et du hip hop. L’incroyable et si flexible Maël Minkala danse politique avec un extrait de son solo Mal compris, où le délit de faciès et les violences policières se nichent dans une course effrénée qui s’arrête dos au (mur) public les mains levées. Il danse loin et vaste, son dos est un voyage d’une beauté assourdissante où chaque muscle est un mouvement. Compris ?

Un programme canon donc à La Belle Scène Saint-Denis, qui, vous le savez, car vous nous lisez tout de même chers lecteurs et chères lectrices, a également une programmation danse l’après-midi, jusqu’au 14 juillet : Rebecca Journo, La Ménagère, La CIE K622/Mié Coquempot, AN H TO B & NOTHING BUT et  Marine Colard, Le Tir sacré (travail en cours).

Programme 2 à 10 heures, durée 2h. À la Parenthèse, jusqu’au 16 juillet.

Visuel : © ABN

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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