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[Cannes 2021, Compétition] Drive my Car : nouvelle errance sentimentale signée Hamaguchi

[Cannes 2021, Compétition] Drive my Car : nouvelle errance sentimentale signée Hamaguchi

14 juillet 2021 | PAR Geoffrey Nabavian

Infatigable, le japonais Ryusuke Hamaguchi livre un nouveau film de labyrinthe sentimental, entre finesse et situations trop superficielles, entre regard juste et clichés épars.

Yusuke est metteur en scène de théâtre. Il a fait face dans son existence à deux drames et pourtant, il ne porte pas vraiment les traces de ceux-ci, au premier abord. Mal assuré – comme il l’a peut-être un peu toujours été – il se retrouve à travailler sur une mise en scène, à l’invitation d’un festival. Obligé de se faire conduire – et souffrant de surcroît d’une perte de vision, qui lui complique de toute façon les choses au volant – il va progressivement nouer un lien avec celle qui pilote sa voiture.

L’une des principales caractéristiques du Japonais Ryusuke Hamaguchi, révélé en France par le très long Senses, est qu’il est prolifique. En conséquence, sa réalisation peut se révéler fade, ou plus maîtrisée, et habitée par un vrai œil. On peut juger en conséquence, de façon tout à fait personnelle, que Drive my Car, qui concourt au Festival de Cannes 2021 en compétition pour la Palme d’or, constitue un cru à moitié réussi. Esthétiquement, tout apparaît très léché. Mais certains plans fouillent véritablement les objets et les êtres donnés à regarder – l’ouverture du film, par exemple – tandis que d’autres apparaissent purement narratifs. La mise en scène oscille un peu entre ces deux tendances.

En conséquence, ses personnages, s’ils restent attachants, ont un côté parfois artificiel. D’autant plus que certaines scènes paraissent trop rapides. Yusuke, le protagoniste, a par exemple été ébranlé par des drames. Il affiche un air affable et pas trop ravagé la plupart du temps : on se dit qu’il montre peut-être peu ses émotions. Mais là où le bât blesse, c’est que même les scènes où il évoque, de vive voix, ces drames, paraissent coupées trop rapidement, pas assez poussées. Ce héros semble donc parfois simplement au cœur d’un jeu, d’une suite de situations aux allures de jeux sentimentaux, mais avec un côté artificiel. On l’observe, on peut le trouver attachant et tantôt ridicule, tantôt triomphant, mais pas vraiment davantage…

Il y a des instants où finesse d’écriture et justesse toute simple des situations peintes s’imposent, dans Drive my Car. On voit passer aussi des clichés qui peuvent irriter : Ryusuke Hamaguchi peut transporter quand il décrit des quarantenaires, beaucoup moins des jeunes, sur lesquels il dit des choses assez schématiques et superficielles. Mais le film reste globalement entre plusieurs tons et court plusieurs lièvres à la fois. On préfère repenser au précédent fait d’armes du réalisateur, le long-métrage qui faisait se succéder plusieurs histoires Wheel of Fortune and Fantasy : les jeux sentimentaux cruels y étaient présents, mais sans artificialité, à un niveau totalement cru et humain.  Et l’écriture au cordeau n’hésitait pas à malmener les personnages, à montrer frontalement leurs fêlures et leurs échecs. Ce film-ci a gagné l’Ours d’argent à l’issue de la Berlinale 2021.

Drive my Car est présenté dans le cadre du Festival de Cannes 2021, en compétition pour la Palme d’or. Il sortira dans les salles de cinéma françaises le 18 août, distribué par Diaphana Distribution.

Retrouvez tous nos articles sur le Festival dans notre dossier Cannes 2021

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Visuel : © 2021 Culture Entertainment/Bitters End/Nekojarashi/Quaras/Nippon Shuppan Hanbai/Bungeishunju/Lespace Vision/C&I/The Asahi Shimbun Company

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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