Fictions

« Le Meurtre du Commandeur » de Haruki Murakami : Croire au merveilleux

« Le Meurtre du Commandeur » de Haruki Murakami : Croire au merveilleux

22 novembre 2018 | PAR Julien Coquet

Dans ce roman décomposé en deux tomes, l’écrivain japonais souvent pressenti pour le Nobel de littérature n’en finit pas d’explorer l’intrusion du merveilleux et du fantastique dans nos vies.

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On croit rêver lorsqu’on découvre que Le Meurtre du Commandeur a été censuré à Hong Kong. Jugé « obscène » par le tribunal, le roman se présentait dans les librairies avec un bandeau jaune avertissant les lecteurs. Il y a certes quelques scènes de sexe chez Murakami, comme dans ses autres livres, mais la description qu’il fait de l’acte sexuel est loin d’Histoire d’O ou de Cinquante nuances de Grey. Bref, Murakami parle de sexe comme il parle de la vie. Encore une fausse polémique qui attire tout de même l’attention sur la fermeture d’esprit de la censure chinoise.

Présenté en deux tomes, Une Idée apparaît puis La Métaphore se déplace, Le Meurtre du Commandeur raconte la surprise puis l’errance du narrateur à la suite du départ de sa femme. Sur cette séparation, peu de choses seront dites : Yuzu demande même à son mari de ne pas la questionner sur la raison de leur rupture après 6 années de mariage. A partir de ce dérèglement dans la vie quotidienne du narrateur, Murakami explore le chagrin qui s’abat sur le personnage. Portraitiste, le narrateur quitte sa maison et roule de nombreuses semaines sans but : il finit par se réfugier dans une maison isolée en pleine montagne qui a appartenu à un artiste de génie dont le narrateur connaît le fils.

Le Meurtre du commandeur, tableau que le narrateur découvre dans le grenier, obsède de plus en plus le portraitiste. Conforme au Don Giovanni de Mozart, on y voit une représentation de l’assassinant d’un vieillard, le Commandeur, par un homme jeune, sous le regard horrifié d’une jeune femme, d’un serviteur et d’un étrange personnage qui soulève une trappe. Une nuit, le Commandeur se matérialise au narrateur.

Il faudrait lister tous les thèmes traités par Murakami dans cet ensemble de plus de 800 pages : l’art, la création, la solitude, la filiation, l’hérédité, le poids de l’histoire, le sexe ou encore la transmission. Pour mieux aborder toutes ces réflexions, Murakami fait appel au merveilleux puisque « dans ce monde, il n’y a sans doute rien de certain. Mais on peut au moins croire à quelque chose ». L’introduction du fantastique, loin des modèles que pourraient être Maupassant et Stephen King, est convaincante dans le premier tome mais trop longue dans le deuxième. La Métaphore se déplace s’essouffle malheureusement : tout est trop long et on pourrait reprocher à Murakami une écriture fondée sur la répétition. Certaines informations sont tellement répétées, peut-être de peur de perdre le lecteur, que la lecture en est parfois laborieuse.

Malgré nos quelques réserves sur la longueur et la répétition du Meurtre du Commandeur, soulignons tout de même que cette odyssée initiatique étrange ressemble à peu d’autres ouvrages contemporains. Aborder la rupture amoureuse avec une telle sensibilité, peindre la solitude sans la lier forcément à l’ennui, explorer la difficulté de la création artistique, questionner le poids difficile de la transmission sont indéniablement des qualités du dernier roman de Haruki Murakami.

« S’il faisait beau, après le repas, je sortais sur la terrasse et m’allongeais sur une chaise longue, un verre de vin blanc à la main. Puis, tout en observant les étoiles scintillantes et lumineuses dans le ciel au sud, je me perdais dans mes pensées : y avait-il quelque chose que je devais apprendre de la vie de Tomohiko Amada ? Oui, bien entendu, il y avait forcément un certain nombre de choses à apprendre. L’audace d’avoir osé changer de façon de vivre, l’importance d’avoir su mettre le temps de son côté. Et de surcroît, le fait d’avoir découvert le style et le sujet de créations qui lui appartenaient en propre. Cela n’est pas chose facile, évidemment. Mais pour un homme qui se veut créateur, c’est une tâche qu’il doit absolument mener à bien, quoi qu’il arrive. Si possible, avant d’atteindre quarante ans… »

Le Meurtre du Commandeur. Une Idée apparaît (Livre 1), Haruki Murakami, Belfond, 456 pages, 23,90 euros
Le Meurtre du Commandeur. La Métaphore se déplace (Livre 2), Haruki Murakami, Belfond, 480 pages, 23,90 euros

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Julien Coquet

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