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[Cannes 2021, Compétition] Titane : Julia Ducournau sublime un.e monstre

[Cannes 2021, Compétition] Titane : Julia Ducournau sublime un.e monstre

14 juillet 2021 | PAR Yaël Hirsch

Elle nous avait surpris et ravis avec Grave, à la Semaine de la critique en 2016. Julia Ducournau est de retour à Cannes, en compétition officielle, où elle transporte son univers gore et son sens de la mise en scène. Malheureusement, malgré l’immense Vincent Lindon et un imaginaire puissant, Titane est trop gratuit dans ses violences pour dépasser la monstration de l’étranger.e. 

Enfant blessé, femme fatale et fils prodigue

Sur une route à grande vitesse un sale gosse tape son père (Bertrand Bonello, extra), le père perd patience et c’est le drame. On doit greffer au môme plutôt en forme un crâne de titane, un acier inoxydable. Mais il reste des séquelles : une grande cicatrice et une dureté d’âme qui flirte avec la férocité. Par ailleurs, dix ans plus tard, le petit garçon s’est transformé en ravissante femme : Alexia (Agathe Rouselle, dont c’est le premier grand rôle) danse, lascive et fatale, sur les bagnoles et hante les rêves des hommes… Sauf qu’elle déteste qu’on l’approche : hommes ou femmes qui tentent de l’embrasser ou de la toucher se retrouvent massacrés. On parle d’un serial killer dans la région… Alexia fuit et se retrouve miraculeusement confondue par Vincent, un capitaine de pompiers prenant de l’âge (Vincent Lindon, superbe en chaque instant), avec son fils disparu. Elle redevient il et décide de le remplacer et de trouver un peu de calme auprès de Vincent et de son équipe pour cacher et mener à terme une grossesse pour le moins monstrueuse…

Un univers original et dérangeant 

On retrouve donc le corps en métamorphose, à la fluide, lieu de tous les possibles, qui est la signature de Julia Ducournau. La nudité est crue, la violence et le sang sont la règle dans ce Titane qui a tout sauf la froideur du métal. L’image est saturée de couleurs et non seulement l’héroïne, mais aussi tous les autres personnages se contorsionnent, se blessent, font sentir le vieillissement et l’emprisonnement du corps. Brutalement éclairée et ne connaissant aucun tabou, ni l’homicide ni l’inceste, la sexualité ne connait pas vraiment le désir mais rien que le cru. L’héroïne ou le héros parvient à la quintessence de la femme fatale en étant, à chaque moment, montré…

Un goût amer d’inachevé

Mais autant le gore, le sang, le cannibalisme de Grave nous aidaient à mieux nous identifier et faisaient catharsis en nous faisant revivre ce calvaire qu’est la mutation du corps à l’adolescence, autant l’art du monstre pour le monstre dans Titane reste assez gratuit. Du coup, l’on se détache, l’on n’a pas envie de subir l’insupportable des scènes qui s’enchaînent, malgré la belle lumière qui éclaire les visages et les corps.  Ceci fait peut-être retomber le film dans l’ornière des genres avec lesquels ils joue et, privé de portée universelle, il semble un peu gratuit et un peu vain. Immense déception, donc après la claque Grave. Et Titane sort en salles dès ce mercredi 14 juillet !

Titane, de Julia Ducournau, avec Vincent Lindon, Agathe Rousselle,  France, 1h48. En compétition officielle à Cannes, le film sortira en salles le 14 juillet.

Visuel : photos du film © diaphana

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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