Musique
[Live report] Ibrahim Maalouf et F.F.F. ouvrent le festival Chorus

[Live report] Ibrahim Maalouf et F.F.F. ouvrent le festival Chorus

29 mars 2014 | PAR Stéphane Rousset

Soirée de printemps sur l’esplanade de la Défense. Au pied des immenses tours de verre, une rivière de costumes et autres tailleurs stricts dévale la grande dalle de béton jusqu’à s’infiltrer sous terre. Une autre foule, moins ordonnée, fait le chemin inverse, du métro vers l’air libre encore tiède de mars. Un ballet qui évoque les colonnes d’ouvrières qui se croisent aux abords des fourmilières. Pour atteindre les deux grands chapiteaux installés pour l’occasion, il faut montrer plusieurs pattes blanches, passer autant de checkpoint de vigiles massifs, et s’armer de patience. Pour son festival Chorus, qui doit durer 10 jours, le Conseil général des Hauts-de-Seine de Patrick Devedjian n’a pas lésiné sur la sécurité.

19 heures et des poussières, place à l’apéro. En guise d’amuse-gueule, Bachar Mar-Khalifé brouille les pistes avec ses compositions iconoclastes. Touche à tout, nourri d’influences multiples, entre le Liban de son musicien de père Marcel, et l’Europe de son adolescence, Bachar jongle avec les styles comme avec les instruments. Au piano ou aux machines, aux claviers ou percussions, il délivre des morceaux aux couleurs changeantes et à la sensibilité exacerbée. Tour à tour, la musique arabe traditionnelle se teinte de jazz ou lorgne vers le rock. L’instant d’après, le sol vibre aux rythmes de l’électro. Miroir de son parcours, sa musique est riche, intime, profonde, mais surtout éclectique. Un kaléidoscope que l’on retrouve jusque sur la pochette de son album.

Le Liban est à l’honneur pour cette soirée d’ouverture. Sur l’autre scène, la trompette d’Ibrahim Maalouf est en plein dialogue avec le groupe qui l’accompagne. Claires et précises, notes et mélodies font passer nos émotions à l’oscilloscope. Succession de calme et de tempêtes, d’introspection et d’énergie contagieuse, de funk, de jazz et de rock, le musicien souffle le chaud et le froid dans un même morceau. Jamais le tiède et c’est là tout son talent. Une duplicité toute résumée dans « Beyrouth », repris en chœur par l’assemblée, qui raconte le cheminement du jeune Ibrahim à la découverte de la capitale libanaise du début des années 90, émerveillé par une rue, effrayé par une autre et passant de l’une à l’autre avec du Led Zep dans le walkman. Sans l’épaisse odeur de pizza qui enveloppe tout le site, on s’y croirait. C’est clairement le temps fort d’un concert qui semble trop court : les pieds, les mains et les voix d’un public envouté font monter une véritable ovation jusqu’à la scène.

Estomacs creux et bouches sèches, pour le gros des festivaliers il est temps de souffler et de reprendre ses esprits avec la sainte trinité pizza-bière-bédo. Ambiance bon enfant au possible.

On quitte le Liban pour une atmosphère bien plus parisienne, quand déboule la Fédération Française de Fonck. Visiblement ravis d’être là, Marco Prince et sa clique s’amusent comme des fous à rejouer les titres qui ont fait leur renommée dans les 90’s. La guitare est électrique à souhait. La section rythmique, elle, « groove grave ». Rock, funk, l’énergie de FFF est contagieuse et dans la foule les corps sautent, les bras se balancent, les hanches ondulent et les bouches sourient. Groupe de scène par excellence, les interactions entre Marco et un public acquis – malgré la longue absence de la formation dans les bacs comme en live –  sont constantes, et tournent à l’hystérie collective quand vient l’heure de jouer « Barbès », hymne au 18ème et morceau phare du groupe. Entre deux messages convenus d’entre-deux tours, le groupe est rejoint par Magic Malik et ses improvisations déjantées à la flute. « Malik, c’est mon frère de toujours, on a fait les pires conneries ensemble quand on était petits » avoue l’ex-juré de la Nouvelle Star dans un grand sourire d’enfant.

S’il a fait les 400 coups avec le chanteur de FFF, Magic Malik a aussi collaboré avec des musiciens de tous horizons, de Steve Coleman à Saint-Germain. Sa flûte a aussi régalé l’autre scène avant de rejoindre la bande à Marco. Objets sonores non identifiés, ses compositions mi-organiques, mi-électro, sont autant d’escapades expérimentales qui habilleraient parfaitement un film de science-fiction.

La nuit est bien entamée, et les jambes fatiguées. On se ressource avec les Britanniques d’Ibibio Sound Machine. Le groupe brode et tisse un subtil mélange d’afrobeat et d’électro pour habiller les mots d’Eno Williams. Sur le devant de la scène, en tenue traditionnelle, la chanteuse transmet ainsi les contes nigérians de son enfance en Ibibio, sa langue et sa culture maternelles. Histoire de finir la soirée en douceur. Samedi, le festival reprend dès 16 heures, il est temps de rentrer.

Les plus courageux resteront tout de même pour écouter la dub des Lyonnais d’High Tone. Grosses basses jamaïquaines assorties d’élucubrations électro et d’effets en tout genre, depuis presque 20 ans, des pentes de la Croix Rousses aux free parties de toute l’Europe, la recette du label Jarring Effects a fait ses preuves, quand il s’agit de faire vibrer les locks et d’étirer les fins de soirées.

Visuels : (c) Olivier Ravoire

Paris rendez-vous Les photos d’une ville de légende
La revue de web de la semaine
Stéphane Rousset

One thought on “[Live report] Ibrahim Maalouf et F.F.F. ouvrent le festival Chorus”

Commentaire(s)

  • M

    Merci pour cet article qui nous donne envie d’aller voir les autres concerts de Chorus. Pamplemousse.

    mars 31, 2014 at 2 h 26 min

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Soutenez Toute La Culture