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[Live Report] Pete Doherty au Bataclan : l’esprit punk rock de retour

[Live Report] Pete Doherty au Bataclan : l’esprit punk rock de retour

17 novembre 2016 | PAR Camille Hispard

Impétueux et impertinent, l’ex-membre de l’emblématique groupe The Libertines a galvanisé une foule émue de retrouver la fougue libertaire du rockeur, pour le deuxième concert après la réouverture de la salle.

5 secondes. C’est le temps qu’aura duré la minute de silence pour entamer ce concert, quelques jours après que Sting ait fait la réouverture après les attentats du 13 novembre 2015. Quelques grains de sablier silencieux coupés par une Marseillaise sur fond de violon grinçant, entonnée en français, bien sûr, par un Pete Doherty très en forme. Un hymne français à l’arrache, balancé comme un doigt d’honneur amoureux, façon Gainsbarre. Le sale gosse du rock anglais ne fait rien comme tout le monde et compte bien le prouver ce soir.

Le leader des Babyshambles enchaîne en titubant joyeusement avec l’émouvant titre « I Don’t Love Anyone (But You’re Not Just Anyone) », extrait de son nouvel album The Hamburg Demonstrations. Pete Doherty poursuit son show débridé avec « Last of the English Roses ».

Si le public reste sur la réserve les premiers instants, quelque peu crispé par l’émotion de retrouver le Bataclan vibrant de basses et de larsens, l’arrivée sur scène de Carl Barât, légendaire membre des Libertines, exalte définitivement le public.

Jets de guitare, crachat de roses et coups de micro

Avec le titre « Up the Bracket », la foule bascule dans un beau bordel typique des plus grands concerts signés Doherty. Ce dernier frappe les cymbales à coup de micro, balance à de nombreuses reprises sa guitare dans le public, engouffre une rose rouge dans sa bouche pour recracher en confettis les pétales sur son batteur. Ce foutraque enchante les spectateurs avides de lâcher prise et de cette folie libertaire si chère à Pete Doherty. Si on plaint largement le roadie qui passe son temps à courir derrière le chanteur pour récupérer le matériel qu’il casse, jette et abandonne dans la fosse , une fièvre contagieuse se répand indéniablement. Pete Doherty chante à côté du micro, pas toujours juste mais s’en fout complètement et le public aussi. Il est là pour nous balancer à la gueule ses tripes avinées, sa mélancolie tremblante. Et c’est bien ce qu’on attendait pour cette réouverture ; l’esprit libre, crasseux et imparfait de son punk rock touchant.

« Fuck Forever Terrorism »

La sueur perlant abondement sur son débardeur transparent enfermé dans des bretelles so british, Pete Doherty brandit un drapeau français sur lequel on peut lire « Fuck Forever Terrorism ». A moitié balbutiant, l’ex-Libertines livre alors des titres puissants tels que « Flags from the Old Regime » ou « The Whole World is Our Playground ». Durant le concert, Pete Doherty embrasse le torse de son guitariste, sur lequel on peut lire le nom de Nick Alexander, vendeur de merchandising mort au Bataclan.

Pete Doherty au Bataclan

En hommage aux victimes, il joue avec beaucoup d’émotion le morceau « Hell to Pay at the Gates of Heaven », écrit après les évènements du 13 novembre. Pete Doherty confiait lors d’un entretien donné au NME, avoir été choqué par la jeunesse des terroristes. « Quand tu as la foi et des convictions, tu t’y investis autant qu’un gars obsédé de guitares », expliquait-il. « Come on boys, choose your weapons, J-45 (Gibson) or AK-47 ? », hurle-il dans un cri rageux qui ne laisse personne indifférent. Deux jeunes femmes se serrent l’une contre l’autre, en pleurs, tandis que des amoureux s’embrassent à pleine bouche.

En apothéose, et après des rappels insistants, Pete Doherty achève de requinquer les esprits rock avec l’emblématique « Fuck Forever » des Babyshambles. L’enfant terrible de la scène anglaise livrait ce soir-là un message d’une résonnance fondamentale en ces murs fragilisés. L’idée d’un éternel ado au visage perdu, chancelant, incertain, mais toujours prêt à « montrer son cul » pour dire ce qu’il pense et fait ce qu’il veut.

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Camille Hispard

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