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Dossier: les succès de bouche-à-oreille. Ces coups de cœur que le public a plébiscités sur la durée

Dossier: les succès de bouche-à-oreille. Ces coups de cœur que le public a plébiscités sur la durée

01 octobre 2014 | PAR Gilles Herail

Pour la sortie en dvd du phénomène 2014, Qu’est-ce-qu’on a fait au bon Dieu, Toutelaculture vous propose un dossier sur les succès de bouche-à-oreille. Nos jours heureux, Ida, Goodbye Lenin, Sur le chemin de l’école. Les coups de cœur du public ne sont pas forcément ceux que l’on croit. Pas toujours des films art et essai ou encensés par la critique. Pas obligatoirement ceux qui font le plus d’entrées. Mais des « sleepers » (terme américain qui désigne des carrières sur la durée) qui tiennent en salles pendant des mois. Retour sur quelques films qui se sont affranchis des règles du marché et ont défié les lois du box-office.

bon dieu

L’exploitation des films a changé.

Les logiques d’exploitation en salles ont beaucoup changé depuis 30 ans. Avec une chronologie des médias chamboulée et une offre pléthorique qui demande un renouvellement permanent des salles. En 1989, sortait le film ambitieux mais invendable d’un jeune réalisateur prometteur, avec quelques milliers d’entrées sur Paris. Un an et demi plus tard, le phénomène Le Grand bleu cumulait 9 millions d’entrées et une génération d’ados sous le charme. Rebelote avec Les Visiteurs, qui n’avait rien à l’époque d’un succès attendu. 500.000 entrées en première semaine, beaucoup de rires dans les salles et un final plusieurs mois plus tard à 14 millions d’entrées. Ce type d’exploitation, encore courant dans les années 80 et 90, était la norme deux décennies plus tôt, avec des carrières étalées sur plusieurs années et un système de ressorties régulières, notamment pour les Disney.

Les phénomènes de société

En 2014, chaque jeudi, le chiffre du nombre d’entrées réalisées le premier jour permet de prévoir quasiment à l’unité près le nombre de spectateurs final d’un film. L’exploitation est raccourcie, concentrée sur les deux premières semaines où la quasi intégralité des entrées est réalisée. Certaines productions profitent pourtant encore d’une magie inexpliquée. Intouchables en a fait partie. L’enthousiasme des salles a permis un gros démarrage. Mais le film était encore et toujours là 4 mois plus tard. Les Choristes avait bénéficié d’un même phénomène. Multipliant par 10 les entrées de sa première semaine, surfant sur la promotion gratuite des médias s’intéressant après coup à ce petit film de pensionnat dont personne ne comprenait réellement la cote d’amour auprès du public.

choristes

Les succès improbables

Sans atteindre le statut de phénomène, d’autres films plus discrets réussissent l’exploit de « durer » en salles. Je vous trouve très beau a connu les mêmes maintiens que les Choristes. Nos jours heureux a multiplié par 7 sa première semaine pour dépasser le million et demi d’entrées en plein été. Sur le chemin de l’école, documentaire suivant la scolarité d’enfants aux quatre coins du monde est sorti dans l’anonymat mais a finalement dépassé 1.4 million d’entrées, multipliant sa première semaine par 14 ! Des comédies sans signe distinctif, avec des seconds rôles populaires ont parfois eu des parcours similaires. On pense à Paulette, porté par la regrettée Bernadette Lafond y incarnant une mamie dealeuse raciste. Ce petit film mélangeant l’univers de la banlieue et la comédie de vieux indignes a dépassé le million d’entrées sans grosse promo et a connu un énorme succès, encore plus inespéré, en Allemagne. Les Tuche avec Isabelle Nanty, assassiné par la critique avait aussi réalisé un parcours similaire pendant l’été. Le bouche à oreille est difficile à analyser. Les exploitants le savent bien. Des outils existent (les labels spectateurs, les projections test, l’observatoire de satisfaction) mais la détection de ces films « qui rendent heureux » est une science inexacte.

Le bouche à oreille en 2014 

Qu’en est-il cette année ? Qu’est-ce-qu’on a fait au bon Dieu est un phénomène, du niveau d’Intouchables, avec une carrière étalée sur six mois (le film est toujours en salles). Babysitting, le Project X, à la française est devenu le chouchou des ados et a dépassé les 2.300.000 entrées au final après un démarrage à 500.000. Autre type de public pour Philomena de Stephen Frears, comédie dramatique intimiste pleine d’intelligence, qui a élargi son public au-delà des salles d’art et d’essai, multipliant par plus de quatre sa première semaine d’exploitation (avec une carrière similaire à Lulu femme nue avec Karin Viard). Certains films étrangers ont aussi tissé un vrai lien avec le public. Ida, film polonais en noir et blanc distribué sur moins de 100 salles qui a finalement conquis près de 500.000 spectateurs (comme Wadjda en son temps). La palme d’or 2014 est en train de suivre le même parcours, toujours en salles et se rapprochant des 400.000 spectateurs.

Le marketing, la pub, les castings bankable et le moutonisme médiatique autour de personnalités à la mode permettent toujours bien sur d’assurer un succès d’estime à certaines productions qui ne plaisent pas au public. Mais le succès de bouche à oreille existe encore, grâce à la diversité du réseau de salles et à des distributeurs qui se battent pour accompagner leur film jusqu’au bout. Les salles « secondaires », de quartier, sont essentielles pour maintenir les films à l’affiche et laisser du temps pour que la bonne nouvelle se propage. L’exploitation d’un film n’est pas toujours logique et des retours enthousiastes ne suffisent pas toujours à créer un phénomène. Il reste alors une seconde chance, à la télévision, en vidéo, pour des films comme Le père noël est une ordure qui deviennent cultes avec le temps. La critique doit alors se faire modeste, n’ayant qu’une influence marginale sur cette rencontre entre le public et une histoire, un acteur, un ton, un contexte. Une alchimie qui ne s’explique pas et qui fait toute la beauté du cinéma.

Gilles Hérail 

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Gilles Herail

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