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Qui décrochera la palme ? Les pronostics pour le palmarès du 67ème festival de Cannes

Qui décrochera la palme ? Les pronostics pour le palmarès du 67ème festival de Cannes

23 mai 2014 | PAR Yaël Hirsch

Alors que la Semaine de la Critique s’est prononcée et la Quinzaine des réalisateurs sont sur le point de remettre leur verdict, demain, c’est le jour « J », celui où l’on décerne la Palme d’or. A quatre plumes présentes sur la Croisette, et à un rythme de projections divinement effréné, Toute La Culture a pu voir la très grande majorité des quatre grandes sections de Cannes. Voici notre retour sur le festival et nos pronostics pour la compétition officielle, un certain regard et la caméra d’or.

Une cuvée classique en compétition officielle
Après les foudres de l’an passé, qui était un régal, la sélection officielle de l’année 2014 était un peu décevante. Il y a bien sûr eu de nombreux beaux films, parfaitement maîtrisés tels le Saint-Laurent de Bertrand Bonello ou Deux jours, une nuit des frères Dardenne, mais rien de formellement bouleversant. A part peut-être le Xavier Dolan, mais on l’attendait dans ce registre turbulent et coloré, comme l’on attendait les paysages bleus glacés de Zvyagintsev ou l’Anatolie mordorée de Nuri Bilge Ceylan. Un frémissement d’originalité était perceptible pour le cadrage et le montage des Relatos Salvajes décalés de Damian Szifron. Mais sinon, Tommy Lee Jones, Benett Miller, Olivier Assayas et même Jean-Luc Godard n’ont fait que poursuivre leur manière -devenue classique – de filmer. Quant à Ken Loach, Michel Hazanavicius ou Alice Rohrwacher, leur classicisme est à la limite de la tradition!

Primauté d’un intime étouffant

A l’image du jury de cette année, dont les membres ont annoncé de but en blanc qu’ils étaient là pour se faire plaisir en voyant des films, sans donner aucune dimension politique à leur tâche (et c’était étonnant pour une équipe menée par Jane Campion), les films de la sélection 2014 étaient souvent de l’ordre privé. In fine, si l’on écarte les cours de pensée politique attendus  du Mélo de Michel Hazanavicius, The Search, lde ‘analyse sociale un peu rustre des frères Dardenne, du  passéisme champêtre de Alice Rohrwacher et de l’anticléricalisme de Ken Loach. seuls Leviathan eTimbuktu ont un message politique original et fort.

Pour le reste, le tonalité majeure de cette 67ème édition était une intimité étouffante ou étouffée, volontiers exprimée de manière très esthétisée. Ainsi de la solitude créatrice et décadente de Saint-Laurent, de la vieillesse impossible de l’actrice dans Sils Maria, de la manipulation du jeune athlète par le leader de The Foxcatcher ou de la relation mère-fils dans le Xavier Dolan.

Dans cette édition du Festival de Cannes, même  quand elle est lumineuse, l’intimité est souvent perverse, toujours étouffante et source de grands tourments. On retrouve d’ailleurs cette tendance dans plusieurs films de la section Un certain regard (en premier lieu : Loin de son père de Keren Yedaya qui est probablement le chef de file de ce mouvement) et à la Quinzaine (Allelouia, L’institutrice et Next to her).


L’ennui magnifique des films concourant à la palme

Non seulement les films étaient donc très classiques et sans message politique percutant, mais ils étaient aussi très longs. Sur 18 œuvres en lice, elles se comptent sur les doigts d’une main celles qui duraient moins de deux heures. Dans un contexte où la forme l’emportait souvent sur l’émotion, autant dire que malgré les incroyables qualités des grands réalisateurs, nous avons parfois regardé notre montre! En tout cas beaucoup plus souvent que l’an dernier, et à chacun de nos passages à la Quinzaine on s’est surpris à penser qu’on s »y s’amusait mieux qu’en Salle Lumière…

Cela étant dit nous avons encore une fois vu des films magnifiques à Cannes, tant et si bien qu’il n’est pas facile de faire des pronostics sur le palmarès.

Pour la Palme d’or, nous pensons au Leviathan de Andre Zvyagintsev,chronique magistrale de la violence politique quotidienne à l’ère post-soviétique ou au Timbuktu, d’Abderrahmane Sissako, qui avait galvanisé la Croisette dès le premier jour.

Pour le Grand Prix, l’orignal et émouvant Mommy du génial Xavier Dolan est un candidat idéal.

Au prix du jury, nous voyons bien un autre turbulent jeune réalisateur, Damian Szafron qui n’a peut être pas le scénario qu’il fait pour briguer plus haut mais l’humour grinçant  des Relatos Salvajes a séduit presse et public.

Les frères Dardenne ont trop de fois eu la palme, ils s’effaceront donc pour laisser Marion Cotillard remporter le prix d’interprétation féminine pour Deux jours, une nuit. A moins que Anne Dorval et Suzanne Clément l’aient ex-aequo pour Mommy. Dernière possibilité un peu loufoque : Julianne Moore pour Maps to the stars.

Côté hommes, malgré un jeu monolithique (commandé par Miller), Steve Carell est saisissant dans Foxcatcher. Ou alors encore une fois, c’est un prix pour Mommy, avec la révélation Antoine-Olivier Pilon.

On aime ou on déteste tant d’esthétisme mais le prix de la mise en scène devrait revenir au Saint-Laurent de Bonello.

Pour le scénario, rien de tonitruant, mais le Leviathan de Andre Zvyagintsev est sacrément bien ficelé. L’intrigue resserrée des frères Dardenne, très bien écrite aussi.

On passe maintenant à Un certain regard. Nous n’avons pas pu voir tous les films, mais s’il faut lancer les paris, nous dirons,
– Pour le prix Un certain regard, on peut penser à Loin de son père de Keren Yedaya ou Charlie’s Country de Rolf de Heer.
– Et en prix du jury de la section Un certain regard, la joie de vivre de Xenia de Panos Koutras ferait du bien au moral, notamment avant les élections européennes.

Enfin, quant à la caméra d’or, qui récompense un premier long-métrage de manière  transversale aux sections, elle sera remise par Nicole Garcia , pourrait couronner le très apprécié Party Girl de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis ou le surprenant Girl at my door de la coréenne July Jung. Troisième possibilité d’après nous : le saisissant Whiplash de Damien Chazelle, présenté à la Quinzaine.

Rendez-vous demain pour la cérémonie de clôture et le Palmarès.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

One thought on “Qui décrochera la palme ? Les pronostics pour le palmarès du 67ème festival de Cannes”

Commentaire(s)

  • asap

    Mouais, l’analyse sociale un peu rustre des frères Dardenne… qui ont trop de fois eu la palme…
    Bref, c’est pas ton genre et ça se voit grÖss commak. Il y aura toujours des gens insensibles à l’évidence du génie, surtout quand il ne flamboie pas au milieu des pailletttes et des fumigènes.
    Personellement, je les verrais bien repartir avec une troisième palme d’or bien méritée.

    mai 24, 2014 at 8 h 28 min

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