A l'affiche

[Critique] « Whiplash » (Damien Chazelle) nous entraîne dans une chute virtuose

[Critique] « Whiplash » (Damien Chazelle) nous entraîne dans une chute virtuose

27 décembre 2014 | PAR La Rédaction

(Notre critique du film vu à Cannes pendant la quinzaine en mai 2014). Damien Chazelle, le réalisateur du Dernier Exorcisme Part II se lance dans le drame musical avec Whiplash qui dépeint la relation entre un batteur de jazz et son professeur. « Whiplash » était originellement un court, nommé comme « meilleur film de l’année 2009 » par le NYTimes, Prix du Jury de Sundance en 2013 ainsi que grand prix et prix du Jury à la session 2014.

[rating=5]

Roulement effréné de tomes, coup de cymbale, charley endiablé, whiplash est un coup de kick d’une violence inouïe, autant visuel qu’auditif, dans cette quinzaine des réalisateurs qui une fois de plus nous démontre que le septième art est très loin d’être en manque d’inspiration. A travers le rêve dans lequel tant d’adolescents se plongent ou se sont plongés nous suivons avec attachement le parcours d’Andrew qui rêve de devenir l’un des meilleurs batteurs de sa génération. Entre en scène une confrontation terrible entre Andrew et son mentor Terence Fletcher qui a travers une série d’humiliations impressionnantes de cruauté et de tortures psychologiques et physiques va tenter de le mener à son sommet.

Une des premières forces éblouissantes de ce film est de nous faire rire de cette humiliation car peut-être nous savons que par nature le soleil ne touche qu’à travers ses brûlures.
De la sueur, du sang, des larmes et une rupture sentimentale consommée sur l’autel d’une gloire naissante, Andrew touche du doigt son but en respectant à la lettre les instructions de son sergent instructeur musical qui ressemble à s’y méprendre a celui de Full Metal Jacket. Dans les deux films on retrouve une discipline bête et stupide, qui dans un cas mène à l’aberration humaine et dans l’autre à une volonté de donner la possibilité a un être humain de se dépasser pour son propre bien et celui de l’autre.

Deux drames sont subtilement liés : la mort d’un ancien étudiant, suicide maquillé en accident de voiture selon les termes de l’adjudant musical, et Andrew qui lui a un réel accident de voiture l’empêchant de jouer à une audition cruciale fait basculer le film du côté de la morale. Andrew par dépit se résout à cautionner une mise en cause de la pédagogie de son mentor qui se fera exclure de son poste. Loin de se conclure sur une vision dogmatique opposant une dictature farouche au bénéfice de l’excellence de l’art et d’une pédagogie douce issue des année 1970, Whiplash nous entraîne dans une chute virtuose. Au moment où les deux protagonistes semblent avoir atteint les limites de leurs propos, ils se retrouvent par hasard pour une dernière confrontation qui nous fera prendre obligatoirement parti pour le ying ou le yang d’une morale où ils ne peuvent se concilier. Terence Fletcher va finalement jeter littéralement Andrew dans une audition en forme de traquenard qui va devenir un duel sans merci entre le maître et l’élève. Ce dernier l’emportera finalement sur un solo éblouissant transformant l’éternel standard de jazz Caravan en une chevauchée fantastique personnelle terminant à la perfection la chrysalide d’Andrew en virtuose accompli.

Au niveau du montage comment ne pas être abasourdi par l’utilisation des gros plans ou la matière de la douleur est constamment mise en valeur : eau, cuivre, sang, sueur, détail des instruments …
L’actoring est parfait, un duo éblouissant entre un professeur de musique tout droit sorti du Vietnam et un jeune candide de Manhattan vivant un dépucelage a fleur de peau.
Dans un contexte politique de désillution totale où l’étendard du laxisme flotte sur certains établissements scolaires et où la pédagogie de la paresse mine l’apprentissage, la question morale de Whiplash est sanglante. Préférons-nous vivre dans un monde où l’on peut imaginer que chacun est fait pour toute chose et que les absolus sont des traits de génie ou devons nous rééduquer une partie de notre jeunesse pour faire face à la dureté d’un monde qui de toute façon ne les épargnera pas? Telle est la question posée par Whiplash dont on suivra de très près les prochains films de son brillant réalisateur.

Whiplash, un film de Damien Chazelle, avec Miles Teller, Melissa Benoist, drame américain, 1h47. Sortie le 24 décembre 2014.

visuels © Ad Vitam

Steven Guyot

Les plumes en voyages poésie
[Critique] « Exodus : Gods and Kings » Grande fresque biblique de Ridley Scott n’égalant pas Gladiator
La Rédaction

One thought on “[Critique] « Whiplash » (Damien Chazelle) nous entraîne dans une chute virtuose”

Commentaire(s)

    Publier un commentaire

    Votre adresse email ne sera pas publiée.

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *