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[Cannes Compétition] Timbuktu de Abderrahmane Sissako : un grand film qui montre l’intégrisme

[Cannes Compétition] Timbuktu de Abderrahmane Sissako : un grand film qui montre l’intégrisme

15 mai 2014 | PAR Yaël Hirsch

Le cinéaste mauritanien Abderrahmane Sissako est en compétition à Cannes avec un film sur une communauté malienne sereine que des islamistes plongent dans la terreur. 

[rating=5]

Dans la région de Tombouctou où des islamistes font la loi, un homme placide mène une vie d’éleveur avec sa femme, sa fillette et un jeune garçon qui l’aide à garder ses vaches. Mais peu à peu tous les voisins partent, terrorisés par des musulmans fanatiques (et volontiers nouvellement convertis : ils ont du mal à parler l’arabe) qui déclarent le foot haram et demandent  avec violence aux femmes de couvrir mains et cheveux. Cette vague d’extrémisme religieux est contraire aux traditions plutôt libertaires de la région, où les habitants sont pieux mais jamais fanatiques. Des tribunaux de Sharia créés ad hoc jugent tout et rien et effraient la population… Le jour où le père de la tranquille famille tue pour se défendre un pêcheur  voisin, il doit s’en remettre à cette nouvelle loi..

Dès la première image où l’on voit les gardiens fanatiques poursuivre une antilope avec leurs fusils, l’on sait que le film de Sissako est tout simplement magistral. Dénonçant l’extrémisme sans jamais retirer aux fanatiques leur humanité (il se tâtent, bafouillent, aiment parler de foot, ont du mal à communiquer en arabe, langue qu’ils ne maîtrisent pas), Sissako utilise l’humour non pas pour amoindrir mais pour nuancer avec l’exactitude voulue le tableau qu’il dépeint. Certaines trouvailles visuelles sont carrément magiques (la traversée du lac par le père coupable a la lenteur métaphysique de certains plans de Tarkovski); ce qui n’empêche pas la violence de monter inexorablement en grade : « Je ne cherche aucunement à émouvoir pour promettre un film. ET puisque maintenant je le sais, je dois raconter dans l’espoir qu’aucun enfant ne puisse apprendre plus tard que ses parents peuvent mourir parce qu’ils s’aiment », commente le réalisateur pour expliquer l’urgence de Timbuktu. Un film choquant et un antidote aux manichéismes qu’on nous inflige pour parler de l’extrémisme : ici, avec les nuances qui n’enlèvent rien à l’horreur, on a l’impression de saisir un peu plus cet absurde qui veut qu’on tue au nom de la vérité religieuse.

Timbuktu, d’Abderrahmane Sissako, avec Ibrahim Ahmed dit Pino, Toulou Kiki, Abel Jafri, France, Mauritanie, 1h37, Le Pacte. En compétition.

Visuel : Photo officielle du film

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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