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[Critique] « Maps to the stars » de Cronenberg, la lumière des étoiles mortes

[Critique] « Maps to the stars » de Cronenberg, la lumière des étoiles mortes

20 mai 2014 | PAR Olivia Leboyer

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Notre journaliste à Cannes a aimé Maps to the stars et a même interviewé David Cronenberg (cliquez ici) ! Dans sa critique (ici), il lançait un appel à d’autres interprétations personnelles : le film s’y prête bien, et nous allons tenter le coup. Maps to the stars est en salles dès demain, 21 mai.

[rating=4]

Il y a, chez David Cronenberg, le goût des climats troubles, des plongées psychanalytiques et de la violence sidérante. Dans Maps of stars, nous avons droit à une véritable cartographie des névroses familiales et cinématographiques : fantasmes d’incestes, fantasmes de célébrité se répondent avec cruauté et humour. Ironiquement, les acteurs de cette L.A. mortifère recherchent avidement les rôles qui reproduisent leurs propres traumas. Havanna (Julianne Moore, géniale), fille d’une grande actrice, désire ainsi à toute force incarner sa mère dans le remake de l’un de ses premiers films. Œdipe s’infiltre un peu partout, hantant les uns et les autres comme une sorte de virus, étrange et familier. La plus bizarre, c’est sans doute Mia Wasikowska : de loin, jolie jeune fille aux traits purs, de plus près à demi défigurée, au sourire grimaçant, légèrement flippant.

Dans Only Lovers left alive de Jim Jarmush, Mia Wasikowska jouait, comme ici, les filles prodigues, dérangées, dont le retour perturbe l’ordre normal. Les névroses se transmettent et se déroulent en un labyrinthe habilement construit. Dans ce film très malin, Cronenberg cite incidemment Jung (écho à son A Dangerous Method, voir notre critique ici), met le beau-bizarre Robert Pattinson à l’avant de la limousine plutôt qu’à l’arrière (Cosmospolis), intervertit les rôles de mère et de fille, de père et d’enfant, de victime et de bourreau. En enfant star prématurément brisé, Evan Bird est glaçant à souhait, maniant l’art de l’injure avec un flegme parfait. Car la violence, le flot ordurier, ont une fonction cathartique, détendante, jouissive. Le plus saisissant, dans Maps of the stars, c’est ce masochisme qu’éprouvent les victimes, en amour pour leurs bourreaux : fascinées, comme devant les phares d’une voiture, elles semblent attendre le coup fatal et, enfin, la liberté.

Maps to the stars, de David Cronenberg, USA, 1h51, avec Julianne Moore, Mia Wasikowska, Robert Pattinson, John Cusack, Evan Bird. En compétition officielle à Cannes. Sortie en salles le 21 mai 2014.

visuels: affiche et photo officielles du film.

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Olivia Leboyer
Docteure en sciences-politiques, titulaire d’un DEA de littérature à la Sorbonne  et enseignante à sciences-po Paris, Olivia écrit principalement sur le cinéma et sur la gastronomie. Elle est l'auteure de "Élite et libéralisme", paru en 2012 chez CNRS éditions.

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