Cinema
[Cannes] « Loin de mon père » de Keren Yedaya, un film éprouvant sur l’inceste dans la section « Un certain Regard »

[Cannes] « Loin de mon père » de Keren Yedaya, un film éprouvant sur l’inceste dans la section « Un certain Regard »

15 mai 2014 | PAR Yaël Hirsch

La réalisatrice de Mon Trésor (2004) et de Jaffa (2009)propose en section « Un certain Regard » un quasi huis-clos très dur entre un père abusif et sa fille. Une oeuvre grave, parfaitement tenue et terriblement éprouvante.

[rating=4]

Père et fille, Moshe et Tamir vivent, mangent et couchent ensemble (presque) comme un couple. Pendant que son père travaille le jour, Tamir passe ses journée à se nettoyer (le film commence par un bruit de brosse à dents sur fond noir), à récurer l’appartement à cuisiner et à faire de la boulimie et se scarifier. Terriblement de son père qui abuse d’elle, la jeune-femme grossit, maltraite un corps qu’elle ne possède pas et vit dans une intense condition de stress et de violence, encore renforcés par la peur panique et la jalousie que son père créé quand il ramène une maitresse. Un soir de Pessah (Pâques juives), qui célèbre la liberté et la sortie d’Egypte, la jeune-femme s’enfuit pour traîner sur la plage de Tel-Aviv, là, elle rencontre un « pire » (ou à nouveau un « père? ») auquel elle est résignée, mais aussi l’empathie d’une iconnue (Yaël Abecassis) qui lui offre empathie et aide, lui redonnant par-là un peu de valeur…

Sourd, sans bruit, le film impitoyable de Keren Yedaya est constitué de suites de scènes d’abus et d’autodestruction d’autant plus insupportables qu’en général on ne voit rien et que l’on devine tout. Menaçante, la caméra filme dès le début un père pervers qui prend tout le champ et éclipse brutalement la jeunesse et la vie de sa fille. La relation de dépendance et l’autarcie de ce couple incestueux fait que la victime n’a d’autre choix que de consentir à la violence, ce qui est proprement insoutenable. Parfaitement tenu visuellement (les zooms subtils et les gros plans donnent à voir une jeune fille au-delà de la détresse interprétée avec grandeur par Mayaan Turgeman), d’une noirceur très travaillé, le film a choqué certaines âmes sensibles en projection presse, en ce deuxième jour cannois. En effet, alors qu’il ne semble pas porteur de message particulier, cette autopsie du pire cauchemar qui puisse arriver à un enfant a pu sembler de la torture un peu vaine à certains. Nous ne mélangerons pas éthique et esthétique et nous contenterons d’affirmer que c’est le film qui nous a le plus marqué de la journée et qu’il produit un effet physique fort. Un moment de vrai cinéma, mais éprouvant.

Loin de Mon père de Keren Yedaya, avec Mayaan Turgeman, Yaël Abecassis, Grad Tzahi, Israël, 1h36. Sophie Dulac. Candidat en section Un certain Regard.

Retrouvez tous les articles du Dossier Cannes 2014 ici.

[Cannes Compétition] « Mr Turner », de Mike Leigh : une tranche de lumineuse sociologie very british
Un printemps culturel à Lille !
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *