Cinema
[Compétition] Un « Jimmy’s Hall » qui jazze bien peu

[Compétition] Un « Jimmy’s Hall » qui jazze bien peu

23 mai 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Même lorsqu’il le pimente avec de la musique, force nous est de constater que le film historique n’est pas le domaine où Ken Loach brille le plus. Jimmy’s Hall demeure, tout du long, ennuyeux et convenu. Quelques scènes dures surnagent… et font regretter le cinéaste en prise avec les temps contemporains, tellement plus énergique.

[rating=1]

Jimmy s Hall 2Jimmy Gralton, communiste irlandais, apporta dans son pays, dans les années 30, l’idée de résistance aux propriétaires terriens, la musique jazz et l’esprit d’union. Consacrer un film à ses démêlés avec les représentants religieux et les nantis de son coin, cristallisés autour d’un dancing servant également de lieu d’instruction pour tous, pourquoi pas. Le sujet peut s’avérer actuel. Mais chez Ken Loach, son traitement ne passe pas.

L’énergie qu’a le plus célèbre des cinéastes britannniques lorsqu’il aborde des sujets sociaux, dans le monde d’aujourd’hui, n’est pas au rendez-vous. La plupart des scènes restent terriblement prévisibles. Il n’y a pas jusqu’au passage du sermon, alterné avec des images de gens qui dansent sur du jazz, qui n’apparaisse en définitive redondant. La présence, en prêtre, du remarquable Jim Norton n’y fait rien. De plus, on retrouve certaines figures imposées de ses autres films historiques, en moins bien : l’assez longue discussion politique rappelle Land and Freedom, avec moins de pêche et de pertinence ; et le début de scène d’amour dans l’église a déjà été vu, dans le foin, dans Le Vent se lève.

C’est un peu ça, le problème avec Ken Loach: ses films historiques calent très vite, au niveau du rythme. Ici, le manque de nouveauté achève de rendre le récit très ennuyeux, et trop explicatif. Et ce malgré le talent des interprètes. Quelques scènes ressortent d’autant plus: M. O’Keefe battant sa fille dans l’étable, par exemple, parce qu’elle s’est aventurée au dancing. Mais on les a déjà vus, ces passages, chez Ken Loach. Il est du reste un cinéaste qu’on aime bien, du fait de son regard à hauteur d’homme – et parfois d’ouvrier – qui ne s’embarrasse pas de frime. Sauf qu’un film historique doit contenir un récit au rythme imparable, et du souffle… Sous peine de ne jamais vraiment décoller… Ici, les scènes où le peuple résiste ne passent pas l’écran, prisonnières de la reconstitution…

Jimmy’s Hall, un film de Ken Loach avec Barry Ward, Jim Norton, Simone Kirby, Francis Magee, Aileen Henry, Karl Geary, Denise Gough. Comédie dramatique britannique, 1h50.

Visuel: © Le Pacte

Visuel Une: © Joss Barratt/Sixteen Films Why Not Productions

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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