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Cannes 2022, Quinzaine des Réalisateurs : Un Beau Matin – L’étau de le réalité quotidienne

Cannes 2022, Quinzaine des Réalisateurs : Un Beau Matin – L’étau de le réalité quotidienne

20 mai 2022 | PAR Yohan Haddad

Après un film en compétition officielle l’année dernière, Mia-Hansen Løve s’invite à la Quinzaine des Réalisateurs avec Un Beau Matin, un film aux accents autobiographiques.

À l’heure où les groupes d’EHPAD Orpea et Korian sont pris dans la tourmente à la suite de lourdes révélations sur le traitement de leurs résidents, l’évocation de la maladie des personnes en fin de vie et du fracas qu’elle entraîne apparaît comme plus importante que jamais.

Mia Hansen-Løve s’empare de ce sujet en filigrane avec Un Beau Matin, qui voit la réalisatrice revenir pour la deuxième fois à Cannes en deux ans, après Bergman Island l’année dernière. Elle filme ici un double d’elle-même en la personne de Léa Seydoux, affublée d’un look de garçon manqué, t-shirt rayé et pantalon large, prise dans la tourmente d’un amour impossible avec Melvil Poupaud, ancien ami et homme marié. Elle doit également prendre soin d’un père vieillissant et malade, ancien professeur attaché à ses livres, bien que sa cécité ait eu raison de lui.

La réalisatrice traite ce sujet difficile avec beaucoup de délicatesse, mais non sans un certain réalisme, idée passant par la figure mutique de Pascal Greggory. Sa présence et celle de Melvil Poupaud ne sont pas sans rappeler les figures du cinéma d’Éric Rohmer, grand adepte de l’analyse réaliste de la petite bourgeoisie parisienne, celle qui vit dans les beaux quartiers, à l’image ici du personnage de Léa Seydoux.

Le film dépeint avec une grande force le quotidien de son personnage principal, étendard de tout le cinéma de Mia Hansen-Løve, prise dans les ressentiments de son existence, ceux par lesquels on passe tous, qui voit les figures paternelles vieillir et perdre leurs moyens. Pourtant, les personnages ne s’apitoient que très peu sur leur passé, tentant de survivre constamment dans la banalité de leur quotidien. C’est peut-être la plus grande force du film, celle de montrer la fatalité de la vieillesse et des amours contrariés sans aucun pathos, dans le frisson le plus Rohmérien, à l’image des héroïnes du Rayon Vert et des Nuits de la Pleine Lune.

On regrettera toutefois une analyse parfois peu creusée de l’état d’esprit de ses personnages, la réalisatrice préférant les regarder plutôt que de les analyser, les déshabillant physiquement mais pas toujours psychologiquement, surtout quand il s’agit d’évoquer la relation Léa Seydoux-Melvil Poupaud. Elle paraît par moments superficielle, particulièrement quand l’un évoque l’amour qu’il ressent pour l’autre, dû à une superficialité de certains dialogues qui semblent trop écrits.

Visuel : Photo du film

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Yohan Haddad

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