Danse
Les gestes qui parlent de Selma et Sofiane Ouissi aux Rencontres Chorégraphiques

Les gestes qui parlent de Selma et Sofiane Ouissi aux Rencontres Chorégraphiques

20 mai 2022 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Les Rencontres Chorégraphiques de Seine Saint Denis invitaient au Pavillon de Romainville, les 18 et 19 mai dernier, la fratrie de chorégraphes Selma et Sofiane Ouissi. Un spectacle entre image et voix qui rend un hommage fou au mot… rencontre !

Quand on arrive, essoufflés à Romainville (le métro était en vacances ce 19 mai), la tension redescend immédiatement. L’accueil est au-delà de chaleureux, il se passe quelque chose d’étrange, qui déborde de l’attente avant une représentation. Nous apprenons que des pots (comprenez, des apéritifs) seront servis au milieu de la soirée et à la fin. Et à ce moment là, on ne comprend pas que cela fait absolument partie du travail de ces artistes tunisiens : susciter une rencontre.

Mais pour qu’il y ait une rencontre, il faut au minimum être deux. Au minimum ! Le public est invité à entrer en salle, avec un casque bluetooth sur les oreilles. Nous sommes face à une peinture qui montre un peuple en marche, des paysans. La musique arrive dans nos tympans, l’image avance. Elle est lyrique, révolutionnaire. Et puis arrive le peuple, le vrai, mais sur un écran, ils et elles sont là, mais où ? Surgit une voix, un récit. En tout, les Ouissi ont compilé douze témoignages de vie, de vie « normale », de vie de monsieur ou madame tout le monde, loin des élites.

Nous entendons Alain, Marseillais au fort accent, 70 ans, communiste. Nous ne le voyons pas. Ce que nous voyons ce sont ces amateurs et amatrices qui incarnent le corps d’Alain. Et Alain parle avec les mains qui moulinent et les épaules qui se haussent. La danse, le mouvement va jusque dans les mimiques. Le second récit vient de Belgique. Une femme raconte sa vie baignée de culture aux côté de Luc, prof, malheureusement mort du Parkinson. Là, la voix est plus douce, plus rieuse malgré la douleur. Cela se traduit par des rondeurs dans les corps, des sourires en coin qui évitent les larmes. Le corps n’est pas là pour mimer, il est là pour dire « le moindre geste », la façon dont ces deux témoins ajoute le geste à la parole.

Au fur et à mesure nous comprenons le procédé. Il n’est pas caché. C’est une fragmentation. D’un côté, la voix et le mouvement, de l’autre, l’image sans le public. Il faudra un pot, puis un deuxième pour que le fragment face un seul corps collectif et que l’histoire se rassemble, que l’écoute soit égalitaire et partagée.

L’idée est aussi belle que géniale. Au théâtre, la disparition des acteurs et des actrices derrière, Markus Öhrn en chef de file est un classique. Le trouble est passionnant. Personne n’a accès à une information totale. Nous brûlons d’envie de connaitre l’identité de celui et de celle qui parle et de voir les interprètes « en vrai » et eux et elles de l’autre côté, crèvent de ne pas sentir le public.

Le moindre geste est une déclaration d’amour à l’humain et rappelle que le langage est une danse, puisqu’il s’accompagne toujours de plein de petits (ou de grands !) gestes.

Les Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis ont lieu jusqu’au 18 juin. À noter ce weekend, samedi, le truculent collectif Ouinch Ouinch qui devrait vous faire danser. Tout le programme est ici !

Visuel : © Pierre Gondard

 
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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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