Cinema
D’un excellent polar à un naufrage total, un vendredi au festival de Deauville

D’un excellent polar à un naufrage total, un vendredi au festival de Deauville

10 septembre 2022 | PAR Rodolphe Pete

Ce vendredi de Festival du film américain de Deauville, nous avons vogué de polar en thriller avant de flirter avec les star la « Blonde » Marilyn et la « Rising star » de cette édition : Ana de Armas.

 

Rien de tel qu’un bon polar, de solide facture pour démarrer un vendredi matin. « Emily the criminal », présenté avec son réalisateur John Patton Ford, était la dernière projection au CID pour la compétition officielle. Un portrait saisissant et très juste d’une jeune femme aux prises avec un destin contrarié par un casier judiciaire. La noirceur de l’intrigue, dans la lumière de Los Angeles, offre à l’actrice Aubrey Plaza une large palette de jeu et d’émotions qui emportent le spectacteur. Les codes du thriller sont respectés avec un ressort dramatique fonctionnant jusqu’à la surprise finale. A défaut d’être totalement originale, cette production marque par son atmosphère et son interprétation, seconds rôles compris.

Dernier clin d’œil ensuite au festival de Cannes avec le second Grand Prix (le premier, « Close », avait été projeté mercredi), « Stars at noon » de Claire Denis (Lire notre chronique cannoise). La réalisatrice a été très touchée par l’accueil du public et le discours du délégué général Thierry Fremaux, rappelant l’importance d’une œuvre commencée avec « Chocolat » en 1988, déjà sélectionné à Cannes. L’ancienne assistante de Win Wenders en a profité pour évoquer ce maître du septième art et notamment le tournage de « Paris Texas ». Les 2 h 17 de son dernier opus, comme c’est la règle chez elle, peuvent diviser si on ne rentre pas dans le postulat de départ. Plus que l’adaptation du livre de Denis Johnson et l’évocation de la guerre en Amérique Centrale, avec son cortège d’hommes armés, d’espions, d’enjeux politiques et économiques, c’est le portrait d’une femme qui est au cœur du film. Sauvage, libre, aventureuse mais rattrapée par une réalité qui la prive de son histoire d’amour. Les mauvaises langues pointeront des longueurs, tandis que les fans apprécieront un climat, dont la musique des Tindersticks, rend le résultat troublant et pertinent.

On est loin en tout cas du naufrage de la soirée qui, sur le papier, avait tout pour plaire. Une vedette primée avec le Hollywood Rising Star Award (la sublime Ana de Armas) reçu du président du jury Arnaud Desplechin, un réalisateur déjà venu à Deauville (Andrew Dominik), un producteur prestigieux (Brad Pitt) et une auteure incontestée (Joyce Carol Oates) pour une avant-première mondiale avant sa sortie sur Netflix. Les 2 h 45 de « Blonde » sont censées évoquer toute la vie de Marylin Monroe : son enfance, ses débuts à l’écran, ses mariages, ses problèmes de santé, sa relation avec JFK, ses grands succès… Rien n’est oublié mais rien ne va, à part la performance d’Ana de Armas, troublante de ressemblance. Le réalisateur fait de l’icône une victime constante, usant de symboles trop appuyés (le feu, l’eau, la peluche de l’enfance), avec une musique envahissante, une complaisance dans le nudité, une figure du père omniprésente et des fondus pas toujours réussis. Alors, oui les décors et le casting sont en place mais ne sauvent pas un résultat final désastreux, à la limite de la vulgarité. Comme un gâteau trop riche et raté où la recette de base a fait fausse route. Dommage pour Marylin Monroe qui mérite bien mieux.

visuel(c) RP

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Rodolphe Pete

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