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« Close » : l’océan de souffrance

« Close » : l’océan de souffrance

31 octobre 2022 | PAR Rachel Rudloff

Pour son deuxième long-métrage récompensé au festival de Cannes (Grand Prix du Jury), Lukas Dhont nous livre un nouveau récit intime et fragile, mais malheureusement en ayant encore une fois recours aux clichés et au mélodrame étouffant

 

La première partie nous vend du rêve : les deux protagonistes, Léo et Rémi, 13 ans et amis depuis toujours, vivent dans un réel havre de paix à ciel ouvert. Dans les champs de couleurs ils sont libres. Libres de leurs mouvements (courir toujours, faire du vélo), mais aussi de jouer, de se tenir la main, de dormir ensemble. Toujours ensemble dans le cadre, les jeux sur la profondeur de champ les rendent inséparables : ils n’existent que dans le relief l’un de l’autre. 

 

Mais, à la rentrée, les deux jeunes garçons vont se perdre dans l’abîme du collège : leur innocence et leur proximité se heurtent à l’homophobie brutale, aux masculinités exacerbées et à l’indifférence du personnel d’éducation. Les deux vont essayer de négocier leur place dans la violence de la cour de récréation, dans les sports, dans les jeux entre garçons, mais c’est déjà trop tard : cette mini société achève de rompre leur affection, et le film nous le fait sentir sans aucune subtilité. A grands renforts de gros plans, de larmes, de violons, consciemment ou non, Lukas Dhont nous signale explicitement : être un garçon efféminé, être gay, c’est être destiné à être triste, malheureux, seul (puisque Close signifie à la fois la proximité et l’enfermement). 

 

Au fur et à mesure du film, les saisons avancent, la cueillette des fleurs aussi : leur récolte bruyante, violente fait peu habilement écho à la perte de candeur de Léo (son visage et ses mains se salissent). Dans des plans interminablement longs, qui ne semblent jamais s’achever correctement (on reste souvent en suspens) et des scènes répétitives, la deuxième partie ne décolle finalement pas non plus. Une fois de plus, les [clichés] refont surface : être gay, hors des normes, c’est devoir vivre dans la culpabilité (de notre malheur et celui des autres). 

 

Finalement, Lukas Dhont qui avait le cadre pour écrire un film poétique, ambitieux se replonge dans un discours misérabiliste, larmoyant et cliché, qui loin de questionner la masculinité punit violemment les personnages qui restent en marge.

 

Image : affiche officielle du film

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Rachel Rudloff

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