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Cannes 2022, Quinzaine des Réalisateurs : Alex Garland place l’horreur à la campagne avec Men

Cannes 2022, Quinzaine des Réalisateurs : Alex Garland place l’horreur à la campagne avec Men

23 mai 2022 | PAR Yohan Haddad

Alex Garland signe une fable horrifique de bonne facture avec Men, objet techniquement parfait et indubitablement terrifiant.

Après un traumatisme qui l’a marqué au fer chaud, Harper décide de partir à la campagne afin d’exorciser ses démons. Direction le petit village de Coston, petit fief reculé perdu au fin fond des contrées anglaises. Sur place, Harper va rapidement y découvrir ses habitants, partageant tous une étrange similarité : ils ont tous le même faciès, les mêmes traits du visage.

Alex Garland reprend le fameux thème du paysage éloigné pour y amener une forme d’horreur s’inscrivant dans les standards de la production typique des studios A24 : traumatisme déclencheur d’un nouvel évènement, jeu sur la chair et le corps et dérives psychologiques dans les derniers temps du film. Men prend par ailleurs longuement son temps avant de pleinement faire débarquer sa verve horrifique à l’écran. C’est plutôt sur un ton comique que le film débute, avec cette visite insolite de la maison de campagne où loge Harper, menée par le malicieux George, bouffon d’apparat.

Il est incarné par Rory Kinnear, acteur peu connu du grand public Français, aperçu brièvement dans les James Bond de Daniel Craig. Dans Men, il livre une performance hallucinante et digne de son talent fou, endossant le rôle de tous les habitants du petit village, enfant comme adulte, humain comme monstre organique. À côté de lui, Jessie Buckley reprend les codes de la Scream Queen version 2022, arborant une fière allure et un talent brillant pour les arts, jouant longuement sur le piano de la maison. Elle y est particulièrement convaincante, entre folie nerveuse et guerrière indépendante,  sorte de Jamie Lee Curtis sans l’habit de babysitter.

Dans sa dernière demi-heure, Men finit par révéler au spectateur une pulsion d’horreur pleine de chair et de frisson. Harper finit par être pourchassée par tous les hommes du village, et voit en eux une part de son passé qu’elle tente d’oublier, de ce temps-là où l’homme qu’elle aimait leva la main sur elle, entraînant une série de conséquences insupportables. Sur le fond d’un décor peinturé de rouge et d’une lumière exacerbée aux néons de la même couleur, Alex Garland fait de son personnage une héroïne surmontant le torrent de son passé avec courroux pour enfin renaître avec une grâce et une fierté intactes.

Visuel : Photo du film

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Yohan Haddad

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