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Cannes 2022, jour 6 : des Amandiers en fleurs, Dupieux hors compet’ et une pure horreur Garland

Cannes 2022, jour 6 : des Amandiers en fleurs, Dupieux hors compet’ et une pure horreur Garland

23 mai 2022 | PAR La Rédaction

Nouvelle journée trépidante sur la Croisette, avec une suite de films souvent agréables, mais terrifiants aussi pour certains.

Alors que le Festival de Cannes se trouve quasiment au point de jonction entre ses deux semaines, on choisit de débuter la journée par l’exploration des différentes facettes d’une actrice, à travers deux films dans lesquels elle tient le premier rôle : Vicky Krieps. Avec tout d’abord Corsage, portrait historique de l’impératrice Elizabeth d’Autriche dite Sissi : un long-métrage présenté au sein d’Un certain regard, servi par la mise en scène au cordeau de sa réalisatrice Marie Kreutzer. Un film qu’au final on admire, pour son sens du détail, mais un film qui, aussi, émeut, car il donne accès sans fioritures aux pensées et émotions de sa protagoniste principale. Avec notamment, face à elle, un Franz-Joseph joué par Florian Teichtmeister, très charismatique mais assez fragile, donc humain, en même temps.

Il était temps d’enchaîner ensuite vers les 14h30 sur Plus que jamais, également interprété par Vicky Krieps, ici dans le rôle d’une femme malade faisant une pause dans son existence pour aller se ressourcer en Norvège. Un long-métrage plus classique, mais qui peut compter sur des séquences de rêverie très bien filmées, sur la réalisation ample de la franco-allemande Emily Atef – habituée des sujets violents émotionnellement, car signataire de L’Etranger en moi ou encore Tue-moi – ou sur feu Gaspar Ulliel, qui livre ici l’une de ses dernières prestations.

Les Amandiers en Compétition pour la Palme

Le vrai bon moment suspendu de la journée nous a été offert par un film en Compétition pour la Palme d’or, vu à 17h dans un auditorium Claude Debussy au public très clairsemé, donc dans une atmosphère très calme. Il s’agissait des Amandiers, nouvelle réalisation de Valeria Bruni Tedeschi, dans laquelle elle peint ses souvenirs en tant que jeune élève comédienne au sein de feu l’école du Théâtre des Amandiers, à Nanterre, établissement dont le directeur était alors Patrice Chéreau, à la fin des années 80. Un long-métrage autobiographique habité par un vrai souffle, qui aborde les existences de ses personnages sous bien des prismes – rêves, sexe, drogue à des niveaux plus ou moins graves, y compris pour ceux qui enseignent, sida, fait d’être mère célibataire, séduction dans le milieu artistique… – mais en restant très tenu. Et un film qui donne à vivre des scènes pas frileuses, mais en même temps pas trop appuyées ou inutilement noircies. Avec un groupe de jeunes acteurs tous excellents, et Louis Garrel dans le rôle de Patrice Chéreau – pas ressemblant physiquement, mais bon acteur donc très engagé dans son rôle – aux côtés de Micha Lescot, fantastique dans la peau de Pierre Romans.

Le nouvel essai de Damien Manivel, dans la programmation de l’ACID

On a choisi enfin, à 20h30, de s’aventurer au sein de la programmation ACID Cannes de cette année 2022, via Magdala, le nouveau long-métrage de l’excellent Damien Manivel. Un film qui constitue une rêverie portant sur Marie-Madeleine, personnage de la Bible très célèbre, ici peinte dans ses derniers jours, vivant toute seule et quasi mutique en pleine nature, et ne rêvant qu’à celui qu’elle aima, le Christ. Une figure prise en charge ici par Elsa Wolliaston, danseuse et chorégraphe que le cinéaste avait su rendre inoubliable au sein du dernier acte des Enfants d’Isadora, l’un de ses précédents films. Ici, il traque la grâce et le sacré, via des gestes simples patiemment enregistrés. Des actions qui débouchent sur des instants transcendés, avec aussi un montage, dû à Damien Manivel lui-même, au sein duquel le signataire du film se montre comme d’habitude expert à faire surgir de l’inattendu, des images de très grande valeur arrivant soudain d’ailleurs et éblouissant par leur capacité à ouvrir sur des mondes étrangers. Un peu de ceux que l’on vient chercher en général au Festival de Cannes.

Alex Garland horrifie la Croisette

Bien que déjà sorti aux États-Unis, Men a été présenté hier en séance spéciale de la Quinzaine des Réalisateurs. Dans ce film produit par la firme A24, jalon du cinéma américain indépendant de qualité, Jessie Buckley doit affronter un Rory Kinnear sous toutes les formes et sur tous les visages, livrant une performance impressionnante enfin digne de son talent. Alex Garland n’était pas présent dans la grande salle du Théâtre Croisette hier soir, bien qu’il ait laissé un message destiné au public cannois. Les deux acteurs principaux sont montés sur scène au début et à la fin de la séance pour un question-réponse jovial avec un public exalté mais terrifié par ce voyage angoissant au cœur de la campagne anglaise.

 

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Visuels : © Geoffrey Nabavian  

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