Cinema

[Compétition] « Foxcatcher » : Bennett Miller, toujours intellectuel, rasant et brillant

[Compétition] « Foxcatcher » : Bennett Miller, toujours intellectuel, rasant et brillant

21 mai 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Un film sur la conception d’une équipe sportive, racontée dans ses détails. Ça ne vous rappelle rien ? Le Stratège, bien sûr ! Son réalisateur signe et persiste, sans autre forme de concession. Sa nouvelle oeuvre recèle des trouvailles. Elle stimule la matière grise, et nous enveloppe dans un coton empoisonné de belle facture. Mais attention: guettent trop souvent le manque d’originalité, la lourdeur et le monolithisme…

[rating=2]

Il était une fois un lutteur. Un champion solitaire. Une bête d’entraînement, totalement coupée des autres réalités. Son nom: Mark Schultz. Ici, c’est l’inattendu Channing Tatum qui prête ses traits à ce personnage véridique. Il est donc, comme on l’a dit, inattendu, incarne ce qu’il faut son rôle, mais reste monolithique. Ce champion était poussé par son frère, mentor humaniste, mari et père comblé. A l’écran: hum, Mark Ruffalo ! Doux, chuchotant, barbu, juste, mais lui aussi un peu… monolithique… Une ascension faite par l’un, sous l’égide d’un ermite taiseux et très riche, M. Du Pont, passionné de lutte… le frère-grain-de-sel, seul à pouvoir canaliser l’énergie du champion, mais également obstacle à sa réussite… Comment dire… Un peu… linéaire et monolithique, tout ça…

Tel est l’éternel problème auquel on se heurte avec le cas Bennett Miller. Le réalisateur de Truman Capote (2006) et du Stratège a du talent, mais il reste trop théorique. Ici, rien ne sera omis de la constitution de l’équipe de lutte Foxcatcher, et de son entraînement pour gagner tous les Jeux Olympiques du monde, dont ceux de Séoul en 1988. Les stratégies de Du Pont seront explicitées… Mais ce faisant, un effort d’intellectualisation nous sera demandé, si nous voulons tirer du film la richesse qu’il peut offrir…

Un élément marque : l’ambiance cotonneuse qui enveloppe les scènes. Grisaille des villes perdues où vivent les deux frères, comme de la propriété de M. Du Pont. Peine éprouvée, insatisfaction, fatigue… Une torpeur nous gagne, mais une torpeur vivante. Salutaire. Sauf que le ton ne comporte, du coup, pas assez de ruptures… On y revient encore.

Quelque chose pour changer, pour nous emmener un peu ailleurs ? Ah oui, tiens: Du Pont, homme sinistre, insaisissable, malveillant quasiment malgré lui, est joué par… Steve Carell. Surprenant. Et émouvant. Mais émouvant surtout au générique, lorsqu’on se rend compte que c’est lui l’interprète… Dans le film, on s’est passionné pour lui juste quelques minutes… Trop monolithique, vraiment.

Dans un festival comme Cannes, difficile de primer Bennett Miller. Il faudrait lui remettre le prix de la « meilleure peinture en détail d’une construction ». Et à Steve Carell, celui de la « performance inattendue ». Trop intellectuel, tout ça…

Foxcatcher, un film de Bennett Miller avec Channing Tatum, Mark Ruffalo, Steve Carell, Sienna Miller, Vanessa Redgrave. Drame américain, 2h10.

Visuels: © Mars Distribution

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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