A l'affiche

[Critique] « The Big Short : le casse du siècle » : divertissement pédagogique ludique sur la crise des subprimes

[Critique] « The Big Short : le casse du siècle » : divertissement pédagogique ludique sur la crise des subprimes

26 décembre 2015 | PAR Gilles Herail

Adam McKay a sorti l’artillerie lourde pour intéresser le grand public aux dessous de la crise des subprimes de 2008. Le casting est impressionnant (Christian Bale, Ryan Gosling, Brad Pitt, Steve Carell). Le scénario malin divertit tout autant qu’il enseigne. Une passionnante entreprise de vulgarisation économique et financière via un thriller satirique ultra efficace.

[rating=4]

Extrait du synopsis officiel : Wall Street. 2005. Profitant de l’aveuglement généralisé des grosses banques, des medias et du gouvernement, quatre outsiders anticipent l’explosion de la bulle financière et mettent au point… le casse du siècle ! Michael Burry, Mark Baum, Jared Vennett et Ben Rickert : des personnages visionnaires et hors du commun qui vont parier contre les banques … et tenter de rafler la mise !

La crise financière de 2008 avait déjà inspiré le cinéma indépendant américain dans Margin call et The company men qui revenaient sur le déroulé du krach et ses conséquences sociales. The big short ne s’intéresse pas à la crise en tant que telle mais à ses racines. Nous embarquant quelques années plus tôt, aux côtés d’une poignée de visionnaires qui anticipent ce que personne n’avait osé imaginer : l’explosion de la bulle immobilière américaine. Une prédiction chaotique reposant sur la simple observation d’indicateurs qui virent tous au rouge, sans que la croyance quasi religieuse dans l’infaillibilité du marché de la pierre ne vacille. The Big Short nous livre une leçon d’économie remplie de malice, enrobant son souci de vulgarisation technique d’une bonne dose d’humour. Adam McKay multiplie les procédés de distanciation, autorisant ses personnages à s’adresser directement au public et invitant des guest-stars en bikini (Margot Robbie et Selena Gomez, pleines d’auto-dérision) pour agrémenter les explications les plus compliquées.

Il ne faudrait pourtant pas limiter The Big Short à ces quelques gimmicks amusants. Car le scénario s’attache à dessiner de vraies figures de cinéma, librement inspirées de faits réels. Des visionnaires qui sentent le vent tourner avant tout le monde et décident de parier (financièrement) sur la chute du système pour décrocher le gros lot. Des personnages hauts-en-couleur loin d’être des justiciers en costume, réunis par une même intuition, une même intelligence et une même défiance envers le système en place. Des génies asociaux dont la marginalité devient un atout pour anticiper ce que leurs comparses sont incapables de voir venir. Le casting s’en donne à cœur joie pour interpréter ces oiseaux de mauvaises augure qui avaient raison avant tout le monde: un mathématicien génial proche de l’autisme (Christian Bale), un petit branleur insupportable mais charismatique (Ryan Gosling), un investisseur à l’ancienne incapable de policer son discours (Steve Carell) et un ermite paranoïaque (Brad Pitt).

La comédie est efficace et Adam McKay réussit son pari de proposer un divertissement ludique et malicieux tout en nous apprenant beaucoup sur des phénomènes d’une remarquable complexité. The Big Short repose sur une narration ingénieuse qui nous fait découvrir en même temps que les personnages l’ampleur de la crise à venir. Un crise systémique consécutive à l’absence de règles, à la déconnexion des marchés financiers et de l’économie réelle et aux liaisons dangereuses entre juges et parties. Les protagonistes font leur enquête et restent bouche-bée devant l’ampleur des désordres. Allant voir par eux mêmes sur le terrain pour en avoir le cœur net et découvrant la folie d’un système qui accorde des prêts à n’importe qui sous n’importe quelles conditions. Des prêts qui sont eux mêmes revendus sous forme de produits financiers agrégés que les agences de notation considèrent par principe comme très solides. Alors même qu’ils reposent au mieux sur des actifs douteux, au pire sur du vide absolu.

The Big Short ne s’arrête pas à la fameuse crise des subprimes et revient sur les ramifications qui ont conduit à une crise financière mondiale majeure. Dans la dernière partie du film, la plus sidérante, c’est ce système sclérosé de toute part qui nous est présenté. Malgré l’explosion des défauts de paiement sur les prêts immobiliers, la crise tarde en effet à se déclencher, sous les yeux incrédules de nos investisseurs lucides qui espéraient en profiter pour décrocher le jackpot. Tous les voyants sont au rouge mais la valeur des produits financiers liés aux prêts immobiliers ne baisse pas. Car au delà de l’arnaque des classes populaires américaines à qui l’on a vendu le rêve de la propriété individuelle, se joue une partie d’échecs bien plus complexe. Impliquant les grandes banques qui tentent désespérément de refourguer dans la panique l’ensemble des actifs pourris qu’elles ont contribué à produire. Rediluant à l’infini dans des produits financiers encore plus tentaculaires des produits eux mêmes pourris. The Big Short ne dénonce pas seulement l’aveuglement d’un système mais son caractère frauduleux, impliquant des agences de notation et des autorités de contrôle n’effectuant pas leur travail. Et un système bancaire ne sachant arrêter un cercle infernal qu’il a lui même créé.

La bonne humeur du film s’efface alors pour laisser place à un constat désabusé et cynique sur le risque d’une nouvelle crise alors que l’ensemble des régulations nécessaires n’ont pas été mises en place. Cédant parfois au didactisme et au moralisme dans ses dernières minutes, The Big Short n’en reste pas moins une formidable entreprise de vulgarisation de phénomènes économiques complexes. Qui sait se rendre séduisante pour mieux capter son auditoire et lui donner toutes les clefs pour forger sa propre opinion. Du cinéma politique créatif comme on l’aime.

Gilles Hérail

The big short, une comédie financière américaine d’Adam McKay avec Christian Bale, Steve Carell, Ryan Gosling et Brad Pitt, durée 2h11, sortie le 23 décembre 2015

Visuels : © affiche et bande-annonce officielles du film
« Nous sommes deux », Marianne Rubinstein dépeint plusieurs famille autour de deux jumeaux
Humanistes à la galerie Argentic : tutoyer l’amour et la liberté avec un regard optimiste
Gilles Herail

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *