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[Critique] « Jupiter » : un film raté, indigne de ses réalisateurs

[Critique] « Jupiter » : un film raté, indigne de ses réalisateurs

07 février 2015 | PAR Geoffrey Nabavian

Lamentons-nous sur le ratage complet que constitue le dernier opus d’Andy et Lana Wachowski, qu’on aime tant. Si l’ambition devait être là au départ, elle a accouché d’un film saboté, s’égarant entre clichés et ennui.

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JupiterParfois, l’étoile unique est là pour signifier la pitié qu’on ressent envers un film. Car dans le cas de Jupiter, on se souvient d’une sortie prévue en juillet 2014, qui fut repoussée ; et de projections de presse organisées uniquement la veille du mercredi 4, auxquelles on n’eut pas accès. Des problèmes ont jalonné sa réalisation, c’est une évidence. Et on a mal de voir les Wachowski, tandem brillant, ambitieux et percutant, s’abîmer de la sorte.

Sur Jupiter, donc, vit un peuple à l’apparence humaine, et à la puissance illimitée. Un « peuple » dont on ne verra que trois-quatre représentants… Sur la Terre vit Jupiter (Mila Kunis), jeune femme dans le besoin, issue d’une famille d’origine russe. Jupiter, approchée par les hommes de l’espace. Jupiter qui est en fait une reine. Ou plutôt la réincarnation d’une reine de la planète Jupiter. A qui revient un héritage inattendu : la propriété de… La Terre. Sauf que ses enfants, éparpillés dans l’espace, ne l’entendent pas de cette oreille…

Fumeux, ce point de départ ? Quelque peu. Mais on sait le talent des Wachowski pour rendre crédible et exaltante la dernière des histoires de fin de soirée. Sauf qu’ici, il n’y a rien. Comprenez : il y eut Avatar, qui composa un monde virtuel beau comme une planète ; il y eut Interstellar, qui réinventa les figures imposées du blockbuster ; et il y a Jupiter. Un film sans scénario, sans personnages, et même sans effets spéciaux dignes de ce nom. Pourquoi le grand méchant prince Balem veut-il obtenir la Terre, et tirer profit des humains ? Parce que… c’est un grand méchant, pardi ! Son frère et sa soeur ne valent guère mieux. Ils pourraient incarner une satire d’Hollywood… Non.

On sent que nos réalisateurs auraient aimé nous faire leur Star Wars. Et que ça aurait pu réussir. Mais pourquoi impliquer la Terre ? Les combats entre forces de l’espace se passent… dans l’espace. Dans des mondes imaginaires. Les scènes à Chicago restent désolantes de platitude. On aurait été prêts à considérer le film comme une grosse production de plus, jusqu’à ce qu’on se rende compte que le combat sur Jupiter constituait son clou. Impossible d’imaginer affrontement plus inintéressant (on se fiche de ces personnages), dans un décor plus laid (une affreuse usine géante en feu, avec beaucoup d’ombre pour masquer les carences de budget), et avec une fin plus ouverte, qui ne résout rien du tout. Revoyez vite Bound, le génial Speed racer, Cloud Atlas, et les trois Matrix en une seule fois. Là où imperfections et fulgurances se côtoient, le talent des Wachowski explose. On leur pardonne cette bouillie ratée, qui ne doit pas avoir de suite.

Jupiter, le Destin de l’univers, un film d’Andy et Lana Wachowski. Avec Mila Kunis, Channing Tatum, Eddie Redmayne, Douglas Booth, Tuppence Middelton, Sean Bean, Gugu Mbatha-Raw, James d’Arcy. Durée : 2h07.

Visuel : © Warner Bros.

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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