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Le top spectacles vivants de la rédaction 2013

Le top spectacles vivants de la rédaction 2013

11 décembre 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Après les cinéphiles et les modeux, ce sont les théâtreux qui se sont prêtés au jeu du top 2013. Qu’il est dur de repasser l’année en revue via le Festival d’Avignon, le Festival d’Automne ou le Festival Next. Trop de spectacles restent ici sur le carreau, mais voici tout de même ceux qui ont fait l’année.

3510302_7_cdec_paris-novembre-2013-mikhail-baryshnikov-et_871b9af129910d717f58973475a1a8e6Pour Christophe Candoni, le vent souffle à l’est. Il choisit :

The Old Woman de Bob Wilson au Théâtre de la Ville. Pour les sacrés numéros de Baryshnikov et Dafoe, deux interprètes inoubliables entre burlesque et mélancolie dans un spectacle absolument magique.

Les Larmes amères de Petra von Kant de Fassbinder mis en scène par Martin Kusej (Residenztheater de Munich – Ateliers Berthier) pour sa scénographie quadri-frontale et sa mise en scène stupéfiante entre voyeurisme et claustrophobie, où la violence des sentiments, la perversion et la déchéance sont portées à leur paroxysme par des interprètes époustouflantes jusqu’à l’effroi, dont la sublime Bibiana Beglau.

Platonov adapté et mis en scène par Luk Perceval au NTGent et au Kaaitheater de Bruxelles. Une version âpre et dégraissée de la pièce de Tchekhov dans une mise en scène frontale et grâce à un jeu d’acteurs anti-superfétatoire, des sommets de rage et de déchirure confèrent à cette représentation une intensité rare.

Persona / Ivo van Hove (TgA – Maison des Arts de Créteil). La mise en scène d’Ivo Van Hove puissamment sensible et poétique, terriblement vraie et profonde et des actrices en état de grâce portent Bergman à sa meilleure expression. Époustouflant et émouvant.

Par les villages mis en scène par Stanislas Nordey au Festival d’Avignon. La beauté absolue d’un texte ardu mais généreux croise magnifiquement le geste ascétique et foudroyant de Nordey. Une parole nécessaire formidablement adressée où chaque mot résonne et touche au plus profond.

Pour ma part, je garde Partita 2. Le spectacle de Boris Charmatz et Anne Teresa de Keersmaeker a défrayé la chronique comme rarement. Les batailles acerbes et violentes ont eu lieu dans la Cour d’Honneur et au Théâtre de la Ville. La radicalité de la proposition a enchanté ou dégoûté sans aucune demi-mesure. Enfin, un spectacle inconfortable !

Cette année, je garde aussi la suite ABC de l’Encyclopédie de la parole de Joris Lacoste. Une troupe comme une chorale dans une langue que l’on ne comprend pas, partie à l’exploration des émotions que suscite le son des mots. Hilarant et intelligent.

2013 aura aussi été l’occasion de la re-création de L’histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge. Le Festival d’Automne aura permis de voir s’achever cette époque,  en khmer, d’après la création d’Ariane Mnouchkine en 1985. Une épopée splendide.

COUR D HONNEUR -Ah… Quand Avignon se regarde le nombril, les amoureux du « in » frétillent ! Jérôme Bel m’aura fait rire, frissonner et pleurer dans sa majestueuse Cour d’Honneur. Un replay théâtral aussi génial qu’évident… Sauf que personne n’y avait pensé avant.

Frissons, encore, quand la chance m’a été donnée de voir Kontakthof de Pina Bausch au Théâtre de la Ville. Les pas de la chorégraphe disparue en 2009 ont été réactivés.

Et aussi : Le prix des boîtes de Frédéric Pommier, Bodies in the Cellar de Vincent Thomasset, Quand je pense qu’on va vieillir ensemble, Les chiens de Navarre ou Hans was Heiri : Le monde à l’envers de Zimmermann et de Perrot au Théâtre de la Ville….

visuel-en-vla-une-drole-d-affaire-CMJN-251x300Yaël  opte pour Yukonstyle de Sarah Berthiaume, mise en scène par Célie Pauthe à la Colline. Le Grand Nord canadien, porté par un texte fort au bord de la folie et une mise en scène d’une élégance inoubliable. Célie Pauthe sculptait en final son décor avec de la lumière. Magique ! Elle choisit aussi Les Damnés de la terre, mis en scène par Jacques Allaire au Tarmac. Politiquement indispensable et visuellement magnifique, cette adaptation du texte de Franz Fanon pour la scène du Tarmac est pour elle la grande gifle de cet automne. Autre choc, Reise durch die Nacht de Katie Mitchell : son grand coup de cœur à Avignon cet été. C’est la première fois qu’elle découvrait le travail de Katie Mitchell et la germanophile et cinéphile qu’elle est n’a pas pu rester insensible au travail de sculpture que l’artiste opère en live avec la caméra. Autre style, En vl’a une drôle d’affaire de Nathalie Joly. En toute simplicité mais avec une classe folle et de la voix, Nathalie Joly a recréé le monde de la chanteuse réaliste Yvette Guibert sur une des scènes du Lucernaire. Des textes bluffants et tout un monde lointain qui reviennent à la vie. Et pour finir, La mouette mise en scène par Christian Benedetti à l’Athénée. Du classique comme on l’aime : avec finesse, beauté, mais surtout avec des comédiens si formidables qu’on est absolument émus, même à la 15e version de la pièce.

une-dechirante-cloture-de-l-amour-a-avignonm56417Pour Audrey, notre envoyée spéciale à Lille, le choix se porte vers Les Particules élémentaires de Julien Gosselin, Une adaptation du célèbre roman de Houellebecq avec une troupe qui respire la fougue de sa jeunesse. On ne voit pas passer les presque 4 heures, et ça fait un bien fou !
Elle choisit également Le Misanthrope de Jean-François Sivadier, du théâtre de troupe qui fait la part belle à la mise en scène et à la direction de comédiens. Ou comment rendre Molière funky ! Autre coup de cœur pour Germinal d’Antoine Defoort et Halory Goerger : l’ovni théâtral de l’année : c’est complètement barré, on ne sait pas trop d’où ça vient, ni où ça va, mais c’est jubilatoire ! MCBTH de Guy Cassiers pour la puissance de la mise en scène, servie par de somptueuses images, permet de rendre Shakespeare limpide – en seulement 1h40, pourtant. Et toujours et encore, Clôture de l’Amour de Pascal Rambert : du théâtre poignant, qui prend aux tripes et file un coup de poing en plein visage. Porté par Stanislas Nordey et Audrey Bonnet, deux comédiens en état de grâce.

Alice choisit trois spectacles :

Ubu Roi dans la mise en scène de Declan Donnellan. Parce que c’est tout simplement celle de Declan Donnellan, notre metteur en scène fétiche. Pour la direction d’acteurs, toujours aussi grandiose, pour la jubilation du jeu, la folie sur le plateau, le bonheur de voir une troupe aussi libre d’inventer. Puissant. Bluffant, comme toujours.

Illu2Illuminations d’Ahmed Madani. Coup de cœur Avignon OFF 2013. Une belle leçon de jeu donnée par des « amateurs » aux professionnels toujours plus nombreux, toujours plus mauvais qui peuplent le OFF… Pour l’intelligence de la mise en scène et de l’interprétation sur un sujet aussi casse-gueule. Standing ovation au Théâtre des Halles… méritée.

Hamlet 60 de Philippe Mangenot. Du théâtre fait avec trois bouts de ficelle, beaucoup d’ingéniosité et un amour du théâtre et de l’œuvre shakespearienne sans conteste. Une redécouverte jubilatoire de cette œuvre phare du grand dramaturge. Réjouissant !

Alexandra, elle, pioche dans deux coups de cœur.  « Deux spectacles incroyables que j’ai prévu d’aller revoir pour les faire découvrir ! « Nos Femmes au Théâtre de Paris avec Daniel Auteuil, Richard Berry et Didier Flamand, et Hier est un autre jour ! au Théâtre des Bouffes Parisiens avec Daniel Russo, Gérard Loussine, Axelle Marine, Jessica Borio, Xavier Letourneur et Jean-François Cros.

Visuel : © Lucie Jansch, Bernard Michel Palazon / CDDS Enguerand, Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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