Danse

Kontakthof, dans les pas de Pina Bausch au Théâtre de la Ville

Kontakthof, dans les pas de Pina Bausch au Théâtre de la Ville

12 juin 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Sans titre[rating=5]
Kontakthof est un mot qui joue les ambivalences. En Allemand, il veut dire à la fois « cour de contacts » mais aussi « maison de passe ». Entre douceur et violence, le chef d’œuvre de Pina Bausch créé en 1978 et montré pour la dernière fois à Paris en 1996 surgit au Théâtre de la Ville pour dix jours à guichets fermés. Quatre ans après la disparition de la longue chorégraphe, son âme flottait hier soir sur les soieries des robes des séductrices.

Kontakthof est un ballet mythique car il a imposé voilà 35 ans une esthétique différente et un apport au récit encore rare. Il raconte, car oui, l’histoire est présente ici, des rencontres et des jeux de séductions parfois élégants, souvent bêtes, où chacun se cherche et se court après, comme… le chat et la souris. En 2008, alors que le cœur de Pina bat encore, elle a l’idée de faire jouer cette chorégraphie amoureuse à des adolescents par définition en difficulté avec le sujet du corps. En résulte un documentaire formidable, Les rêves dansants où l’on voit les jeunes gens se toiser, se chercher, s’aimer.

IMG_9244 ph Olivier LookAujourd’hui, le Tanztheater Wuppertal est dirigé depuis avril 2013 par Lutz Förster. Le danseur qui mimait les paroles dans The man I love c’était lui. C’était lui aussi qui dansait dans Kontakthof à sa création. A l’époque déjà, nous étions projetés dans un décor de salle de bal vieillotte où le soleil entre par la fenêtre, où les chaises sont bien alignées le long des murs et où un rideau cache quelque chose, une scène ou un écran, nous le saurons.

24 danseurs, costume-cravate pour les 12 hommes et robes de bal pour les 12 femmes vont avancer vers nous, vérifier en montrant les dents ou en remettant leur cheveux en arrière, que tout est bien en place pour la parade amoureuse. La chorégraphie opère sans que nous prenions gare dans des gestes extrêmement précis où le détail est roi. Ici, tout semble léger même quand la course se fait folle dans une ronde où le centre de gravité est bas et où le dos se raidit en arrière. Le geste semble évident, il est, en fait, absolument épuisant. Mais il n’est pas question de laisser tomber, même si les talons aiguilles font mal à déchirer les pieds et que les fermetures éclairs coincent.
Chacun garde son chic, même dans les disputes. Tout est ici disséqué dans un geste qui n’autorise aucune erreur. Les hanches roulent, les fesses sont pincées, le lobe de l’oreille se malaxe dans un signe de gêne, les ports de tête sont altiers… jusqu’au moment où il faut tout lâcher, secouer les cheveux, puis le corps entier dans un éclat de rire angoissant.

Comme toujours chez Pina, la beauté paie sa part de cruauté. Les hommes ne sont pas toujours courtois dans ce cabaret de l’anodin. Les pas de deux se délitent, les mains prêtent à accueillir la forme d’un visage restent solitaires, une belle en chasse une autre.

35 ans après sa création Kontakthof ne peut que séduire car le sujet en est éternel. La notion de « battle » propre au hip-hop trouvera ici son origine dans une bataille rangée, ligne de chaises contre ligne de chaises, les garçons contre les filles, puis, les filles contre les garçons, dans une répétition qui viendra plus tard.

La répétition, elle se retrouve dans les pas, dans ces rondes et ces lignes déambulatoires que la chorégraphie impose, la répétition, c’est après le mouvement, quand les danseurs s’asseyent, en rang ordonné pour nous raconter chacun dans sa langue ses déboires amoureux.

C’est cette attention portée à l’intime quel que soit l’âge et le corps du danseur, qui vient dire l’universalité de cette pièce, dont le sujet fait tourner le monde. Toujours, des filles rêveront de lâcher leurs cheveux dans une envolée hystérique, et toujours, une petite musique au son grésillant viendra accompagner leurs rêves de prince charmant…

Visuel : Olivier Look

Infos pratiques

Centre Pierre Cardinal (festival Les Musicales)
Le Théâtre de l’Athénée
Marie Boëda

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