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Reise durch die nacht, le beau voyage nocturne de Katie Mitchell

Reise durch die nacht, le beau voyage nocturne de Katie Mitchell

22 juillet 2013 | PAR Christophe Candoni

REISE DURCH DIE NACHT - VOYAGE A TRAVERS LA NUIT -

© Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

 

Fidèle à la manière originale et fascinante qu’elle a de faire coexister le théâtre et le cinéma en direct sur les planches, Katie Mitchell, dans son captivant Reise durch die nacht présenté au Gymnase Aubanel, nous embarque pour un voyage sur les rails d’un Paris-Vienne en train couchettes comme sur le chemin redoutable des souvenirs enfouis d’un douloureux passé.

Depuis 2011, Katie Mitchell vient chaque été au Festival d’Avignon. La première fois, elle présentait Christine, une variation autour de Mademoiselle Julie de Strindberg avec les acteurs de la Schaubühne de Berlin, et l’année d’après, Les Anneaux de Saturne, le roman de Sebald, créé au Schauspiel de Cologne où elle a aussi monté l’automne dernier Reise durch die nacht. En trois spectacles, différemment reçus mais toujours passionnants, l’occasion fut donnée au public de se familiariser avec l’esthétique  audacieuse et parfaitement accomplie de la metteuse en scène britannique.

Pour cette nouvelle création, la scène est toujours scindée en deux espaces : sur le plateau, les comédiens jouent dans un décor qui prend la forme d’un plateau de cinéma, ils sont filmés par plusieurs cameramans ; au-dessus, un large mur-écran sert à la projection du film en direct. Avec ce savant dispositif, Katie Mitchell provoque une diffraction du regard et multiplie formidablement les sources de perception de son objet théâtral maximalisé et rendu plus proche, plus vivant, plus sensible par la caméra.

Dans le texte signé de la romancière autrichienne Friederike Mayröcker sorti en 1984, on trouve un magnifique et troublant personnage féminin. Celui d’une femme d’une quarantaine d’années, en partance pour Vienne où son père vient de mourir et va être enterré. Assise sur la banquette de son wagon, elle tente d’écrire sur un grand cahier l’hommage qu’elle prononcera en sa mémoire pendant la cérémonie. La mémoire tisse le fil de sa vie qu’elle croit avoir ratée. Les terribles souvenirs du passé apparaissent comme des étincelles sous la forme de flash-back qui relatent les traumas liés à l’enfance et à l’autorité d’un père violent. Tandis que son mari Julian qui l’accompagne ne tarde à s’endormir, elle, insomniaque, tourmentée, erre seule dans le long couloir du train de nuit. La tête penchée à la fenêtre du train, les cheveux dans le vent, prenant au visage le souffle de la froideur nocturne et les éclats lumineux provenant des villes qui défilent à toute allure, elle semble interdite, éperdue, détruite avant de s’abandonner à une étreinte furtive et passionnée dans les bras du chef de train.

Le spectacle patine un peu question de rythme mais offre un sublime climat, mystérieux, tangible, délicat. Sa puissance réside autant dans le jeu impeccable des comédiens et principalement celui de l’héroïne interprétée par Julia Wieninger que l’on suit littéralement happé pour ne rien perdre de ses sobres mais intenses expressions et de sa belle présence en scène, que dans la forme cinématographique et sa réalisation hyper inventive. Grâce à ce dispositif probant qui relève d’une véritable gageure technique et de l’usage du gros plan, rien n’échappe des plus subtils détails de jeu et de scénographie parfaitement visibles. Plus encore, les caméras donnent l’impression de pénétrer à l’intérieur du personnage, de dévoiler sa pensée, ses visions. Cette forme de réalisme qui laisse en même temps toute sa place à la poésie visuelle et sonore dans le spectacle véhicule une vive émotion.

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