Théâtre
[Avignon] « Cour d’honneur » : Les témoins de Jérôme Bel

[Avignon] « Cour d’honneur » : Les témoins de Jérôme Bel

19 juillet 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Il y a deux ans, le chorégraphe Jérôme Bel lance un « avis de recherche ». A l’école d’art, il tient salon pour « recruter » des spectateurs  qu’il invite à raconter leurs souvenirs de Cour d’Honneur. Les esprits s’échauffent, les rires fusent. Le spectacle a déjà germé. Il est enfin là, dans sa mise en abyme. Cour d’Honneur dans la cour d’honneur, une idée géniale pour un magnifique spectacle.

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Jérôme Bel travaille la mémoire, on se souvient de son Cedric Andrieux, un formidable portrait de danseur où l’interprète des pièces de Cunnigham reproduisait les pas qu’il faisaient il y a des années. Le principe de Cour d’Honneur est le même : réactiver les souvenirs et les faire résonner avec ceux du public.

La cour d’honneur n’est pas n’importe quel lieu, elle est mythique, porteuse de réminiscences et de flashs. Les spectateurs de la cour aussi sont différents, passionnés, n’hésitant pas à partir bruyamment ou à applaudir debout.

Sur scène, 14 sièges nous font face, les 14 témoins entrent, habillés en tenue de ville, sac à la main, comme s’ils se rendaient au théâtre.  L’un après l’autre, ils viennent devant nous, et comme dans une réunion de drogués anonymes, ils déclinent leur identité.  Virginie la prof, Yves le médecin, Anna l’écolière, Marie l’infirmière ou encore Monique, retraitée de l’éducation nationale.

Ils racontent leur première fois, ce qui a fait qu’ils se sont sentis autorisés à entrer dans le lieu. Certains y sont venus naturellement, à l’occasion d’un voyage scolaire, d’autres par hasard, certains y entrent pour la première fois par ce spectacle.

Chacun s’avance face aux 2000 spectateurs à sa façon. Certains avec et d’autres sans notes. Les souvenirs prennent corps  dans une idée incroyable de replay théâtral.

Deux choses se passent alors : si vous avez vu le spectacle car vous êtes comme Daniel,  46 cours en 11 ans,  vous participez au bruissement des gradins où fusent des « ah oui ! » « j’y étais » « oulala ! »… ou alors, comme Virginie, vous n’en êtes qu’à votre troisième festival et vous éclaterez de rire quant elle avouera avoir sérieusement pensé que les climatiseurs accrochés au mur dans Papperlapapp… elle les pensait là de façon permanente !

Comme par magie, les souvenirs prennent corps dans ce ballet où les mots dansent plus que les pas. Et là, il ne faut pas trop en dire, laisser la surprise, juste avouer qu’elle est grandiose, que vous verrez le prince de Hambourg surgir des ogives, un homme sortir de l’enfer, une petite fille qui a perdu son chat ou une Médée australienne. Les interventions traversent à chaque fois l’échine d’un frisson et la surprise est totale à chaque révélation. Ces apparitions sont le fantasme réalisé du témoin, il ne s’agit pas de la reproduction exacte d’une scène.

« Cour d’honneur » n’est pas un spectacle pour aficionados de la cour, il l’est aussi bien sur, il est surtout un mode d’emploi du festival, une espèce de carte d’identité du lieu. Celui qui n’a jamais vu un spectacle du festival peut tout saisir de la passion qu’il suscite en voyant Cour d’Honneur de Jérôme Bel.

Sans être un mélo, Cour d’Honneur joue la carte de l’émotion. Vous commencerez par un éclat de rire, vous finirez dans les larmes. Cette célébration n’est pas sectaire, elle est ouverte et peut être partagée par tous. Le spectacle est exutoire, agit comme une  célébration païenne pour la communauté théâtrale.

Merci Jérôme Bel.

Visuel : Cour d’honneur – Jérôme Bel – © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

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