Opéra
Sombre « Manfred » à l’Opéra-Comique

Sombre « Manfred » à l’Opéra-Comique

11 décembre 2013 | PAR Christophe Candoni

À l’Opéra-Comique, Pascal Rénéric interprète Manfred, antihéros du grand poème dramatique de Lord Byron sur une musique de Robert Schumann, dans une mise en scène fortement dépouillée de Georges Lavaudant aux couleurs sombres, vénéneuses et lugubres propres au romantisme allemand.

L’œuvre est étrange, insaisissable, difficile car elle se situe entre théâtre (sans action) et opéra, bien que sa partition davantage symphonique ne contienne que peu d’airs chantés, et seulement par les chœurs puisque rien n’est destiné à un chanteur soliste. Le rôle-titre est tenu par un comédien, et c’est une véritable gageure pour lui de donner vie et intensité aux longs monologues parlés qu’il doit restituer comme une belle et profonde introspection, souvent ardue mais très poétique.

À la création française de Manfred, c’est le grand Mounet-Sully qui prêta sa voix au héros éponyme. Georges Lavaudant a quant à lui choisi un acteur qui lui est familier : l’impressionnant Pascal Rénéric, en récitant fantomatique, tout de noir vêtu avec le teint blafard qui contraste sévèrement. Il joue un Manfred noble et fier, grave, tourmenté, plongé dans ses pensées noires, en qui on devine une parenté avec Faust, Hamlet ou Prométhée, dans son errance et sa solitude, dans son combat avec lui-même, dans son insatisfaction inextinguible, dans son insoumission qui le précipitent dans les abîmes de la mort.

Le rideau s’ouvre sur un plateau nu plongé dans des lumières nuitées. On perçoit un large trou béant, une tombe, un gouffre dans lequel finira par s’enfoncer Manfred résolu à trouver dans la mort un asile mettant un terme à sa misérable vie. Un rai de lumière brumeuse en diagonale tente de percer en fond de scène l’obscurité du décor. On reconnaît bien le geste stylisé de Lavaudant dans cette simplicité totale, voire hermétique, de la mise en scène, et le souci de faire entendre respectueusement le texte tout en y injectant une étrangeté troublante par l’utilisation d’un micro parasite modifiant légèrement le son.

De l’Ouverture tempétueuse, ombragée, peut-être un peu brusque, sous la baguette d’Emmanuel Krivine qui dirige son ensemble la Chambre Philharmonique, au Requiem final, lumineux et déchirant, la musique de Schumann est renversante de beauté.

Manfred : © Julien Etienne

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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