Théâtre

[Critique] MCBTH de Guy Cassiers pour NEXT Festival : Shakespeare réduit à sa plus simple expression

[Critique] MCBTH de Guy Cassiers pour NEXT Festival : Shakespeare réduit à sa plus simple expression

25 novembre 2013 | PAR Audrey Chaix

 

 

En montant Macbeth, de Shakespeare, Guy Cassiers a fait un pari : réduire la pièce à son essence (elle ne dure pas tout à fait deux heures dans la mise en scène de l’Anversois), éliminer tous les personnages qu’il a jugés superficiels, ne garder que les dialogues essentiels à la compréhension de la pièce. C’est donc une version extrêmement ramassée de la tragédie shakespearienne qui est proposée au public, avec pour seuls personnages Macbeth, Lady Macbeth, Banquo, McDuff et le roi Duncan, ainsi que trois chanteuses mezzo qui apparaissent régulièrement sur scène. 

Car le parti pris de Guy Cassiers, c’est de faire de sa pièce une œuvre jouée aussi bien que chantée. Sept musiciens (hors champ) et les trois chanteuses interprètent des airs lyriques composés par Dominique Pauwels, fidèle complice de Cassiers, pour donner à ce MCBTH une musicalité qui se fait de plus en plus présente au fur et à mesure que le drame se joue.

Et l’entrée en la matière est forte : pour figurer la scène où Macbeth et Banquo rencontrent les sorcières sur la lande, les phrases prononcées par les trois êtres surnaturels sont projetées sur un grand mur de palettes faisant office de fond de scène. Accompagnées d’une musique assourdissante, qui résonne dans la salle, ces prophéties plongent aussitôt le spectateur dans l’univers de Cassiers, qui utilise l’intrigue shakespearienne, ses personnages, son vocabulaire même, mais qui pourtant s’approprie la pièce de la plus belle manière.

Si la mise en scène joue beaucoup sur la démesure, notamment avec la partition, qui fait trembler la salle de ses coups de tonnerre, avec l’immense fond de plateau qui, au fur et à mesure que la pièce avance, grignote l’espace entre le fond de scène et le premier rang en faisant sauter les lattes du plancher sur son passage, et, enfin, avec les projections vidéos qui envahissent la scène comme un personnage à part entière de la pièce, les comédiens, eux, mesurent leur émotion et leur langage dans un jeu tout en retenue, malgré la sonorisation dont il sont l’objet. Dans le rôle de Macbeth, Tom Dewispelaere incarne la schizophrénie du personnage, entre culpabilité et soif de grandeur. À ses côtés, Katelijne Damen est une Lady Macbeth aussi touchante que perfide. La scène de la folie, jouée en tout simplicité devant les yeux de son époux plutôt que sous le regard de subalternes, est d’une grande justesse alors que la jeune femme s’enveloppe dans son voile, qui devient alors un linceul. On regrettera malgré cela le symbolisme un peu lourd qui fait passer sa robe du blanc virginal à la noirceur criminelle et funeste.

Guy Cassiers s’empare donc à bras le corps de la parole shakespearienne et s’approprie Macbeth avec une grande liberté – tout en restant fidèle à l’intrigue de la pièce, et sans en expurger les moments clefs qui lui permettent de livrer son interprétation de la tragédie. Il nous livre ainsi une mise en scène d’une grande intelligence, qui donne à revoir Macbeth avec un œil neuf, sans pour autant sentir une quelconque trahison de l’œuvre originale. Une belle proposition du festival NEXT que ce MCBTH.

Visuel : © photo de Kurt Vander Elst

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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