Théâtre
Et si les oeuvres de Shakespeare avaient été écrites par une femme…

Et si les oeuvres de Shakespeare avaient été écrites par une femme…

22 septembre 2022 | PAR Magali Sautreuil

Le célèbre William Shakespeare ? Une femme ? En voilà une idée intrigante…, une idée qui pourrait bouleverser notre regard sur la littérature anglaise. Partant de cette hypothèse, Aurore Evain nous transporte au temps de l’époque élisabéthaine pour mener l’enquête.

Cette enquête, Aurore Evain la mène sous forme de conférence, en compagnie de sa comparse Fanny Zeller. Une chose est sûre, vous n’avez sans doute jamais assisté à pareille conférence. Si nous retrouvons l’érudition propre à la nature de l’exercice, le dynamisme, l’humour, les jeux interactifs, les citations, les joutes entre accusation et défense, la pause sucrée…, sont autant de procédés qui rendent cette conférence on-ne-peut-plus-vivante. 

Et il fallait bien au moins cela pour aborder la question de l’auctorialité des œuvres shakespeariennes, surtout en partant de l’hypothèse que William Shakespeare (1564-1616) aurait pu être le prête-nom de la comtesse Mary Sidney Herbert (1561-1621)…    

Au premier abord, l’idée peut paraître osée, intrigante, voire même saugrenue, tant nous sommes habitués à entendre le nom de William Shakespeare. Le génie de la pièce n’est pas d’affirmer que Mary Sidney Herbert est la véritable autrice des œuvres shakespeariennes, mais de nous amener à considérer sérieusement cette hypothèse et à faire preuve, en tout temps, d’esprit critique.  

Le propos est d’ailleurs très bien construit. Nous commençons par nous intéresser à la biographie de William Shakespeare et surtout à ses lacunes. Puis, nous découvrons la vie de Mary Sidney Herbert, la femme la mieux éduquée de son temps, qui a développé le Wilton Circle, un des plus grands cercles littéraires anglais, et qui s’était fixée pour but de promouvoir de grands oeuvres littéraires en langue anglaise. Simple coïncidence ? Peut-être ou peut-être pas ?

Après cette mise en bouche, qui titille notre curiosité, la conférence se poursuit et dresse des liens troublants entre les pièces shakespeariennes, les centres d’intérêts et la vie de Mary Sidney jusqu’à la publication posthume du premier folio regroupant les œuvres shakespeariennes paru en 1623.

Et si Mary Sidney Herbert, comtesse de Pembroke, était bien la véritable autrice des grandes œuvres littéraires que nous prêtons à William Shakespeare, pourquoi ne les a-t-elle pas signées en son nom ? N’oublions pas que ces événements ont lieu entre la seconde moitié du XVIe siècle et le début du XVIIe siècle. Pour une noble élisabéthaine, il aurait été totalement inconvenant d’exercer une carrière d’écrivaine et si cela s’était su, cela aurait pu détruire toute la famille de Mary Sidney. Cette pression exerçait à l’époque sur les femmes, la pièce la retranscrit parfaitement et avec finesse. 

Ce contexte d’antan contraste fortement avec l’émancipation des femmes d’aujourd’hui. D’ailleurs, ce n’est sans doute pas un hasard si cette histoire nous est contée par deux femmes. L’une, Aurore Evain est vêtue de façon contemporaine. L’autre, Fanny Zeller, porte une robe élisabéthaine, avec laquelle elle a pris quelques libertés. Toutes deux font le lien avec notre époque et celle de William Shakespeare et de Mary Sidney, tout comme le décor, qui allie des éléments contemporains et d’autres d’époque élisabéthaine. Toutes deux nous interrogent sur la place des femmes et leur légitimité à penser, à créer et à diriger dans une société patriarcale, à travers une enquête rondement menée.  

Mary Sidney, alias Shakespeare, d’après l’essai de Robin P. Williams, traduit, adapté et mis en scène par Aurore Evain, interprété par Aurore Evain et Fanny Zeller, présenté du 8 au 25 septembre 2022, au théâtre de l’Épée de Bois, à la Cartoucherie, à Paris, du jeudi au samedi à 19h. Séance supplémentaire les samedis et dimanches à 14 h 30.. Durée : 130 minutes.

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Visuels : Tous droits réservés à Camen Mariscal pour l’affiche et à Charline Fauveau pour les photos.

Infos pratiques

Association Arsène
Studio Théâtre (STS)
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