Théâtre
Un Hamlet intense au théâtre de la Bastille par la Compagnie Kobal’t

Un Hamlet intense au théâtre de la Bastille par la Compagnie Kobal’t

27 janvier 2020 | PAR Anne Verdaguer

Qui peut se targuer aujourd’hui de pouvoir réinventer cette pièce de Shakespeare, multi jouée et mise en scène, sans tomber dans un certain académisme? Pari gagné pour la Compagnie Kobal’t dans cette adaptation virevoltante et contemporaine de Thibault Perrenoud qui propulse cette tragédie dans le burlesque, et y injecte de l’intensité et de l’audace !

Une vaste scène de banquet a envahi le plateau, des verres sont renversés, les derniers invités semblent avoir déserté la salle, seules quelques personnes discutent aux tables nappées de blanc, des spectateurs placés ça et là. La fête est finie et le roi (Hamlet père), en hauteur, semble contempler cette vision de désolation. Confusion d’emblée des rôles, puisque le même acteur vêtu de blanc, incarnant le frère du roi, arrive pour embrasser sa femme, dont on comprend que la scène a servi à la fois à l’enterrement de son mari qu’à ses propres noces. Immersion d’emblée dans l’univers de Shakespeare : trahison, crime, rancœur, vengeance…. 

Fidèle à la tradition du théâtre élisabéthain, le metteur en scène Thibault Perrenoud crée un Hamlet résolument moderne et très jubilatoire, jouant lui même le personnage principal, proposant une version intense, au bord de la folie, du héros de Shakespeare. Une sphère de jeu tri frontale remettant dans le contexte de l’époque permet aux corps des acteurs d’être soumis à tous les regards. Les spectateurs disposés tout autour du plateau, parfois au premier plan, ou sur des gradins, font partie intégrante de la pièce, et sont régulièrement interpellés et même amenés à se déplacer lors d’un changement de décor à vue.

Le rythme mené tambour battant, avec de nombreuses ruptures, maintient en haleine jusqu’au bout dans cette tragédie qui prend souvent un tour burlesque, en particulier dans la scène de théâtre où la grivoiserie côtoie le côté subversif d’un cabaret trans. Un mélange des genres joyeusement mené par cinq comédiens qui jouent chacun plusieurs rôles dans la pièce, sauf pour Hamlet et le fantasque et formidable Horatio. Il y a de l’amusement sur scène, et c’est extrêmement contagieux ! Du côté de la traduction, c’est Clément Camar-Mercier qui s’y colle dans une version très contemporaine non exempte de grivoiseries. Celui-ci a déjà travaillé avec Thibault Perrenoud sur La Mouette et signe aussi la dramaturgie du spectacle.

Un Hamlet qui gagne donc en profondeur, grâce à une version raccourcie de deux heures, et qui s’inscrit dans l’action là où ce personnage peut parfois sembler écrasé par son destin. Alors être ou ne pas être? Etre, définitivement !  

Hamlet, de William Shakespeare, mise en scène Thibault Perrenoud, de la Compagnie Kobal’t, jusqu’au 6 Février au théâtre de la Bastille

© crédit photos : Gilles Le Mao

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