Théâtre

Bergman par Ivo van Hove : l’art d’un théâtre puissant et vrai

Bergman par Ivo van Hove : l’art d’un théâtre puissant et vrai

10 avril 2013 | PAR Christophe Candoni

 

 

Ivo van Hove signe une mise en scène hypersensible d’Après la répétition et Persona, deux films de Bergman qu’il adapte au théâtre et magnifie sous la forme d’un dyptique avec des comédiens du Toneelgroep Amsterdam en état de grâce.

Revenir à Bergman après les formidables adaptations de Cris et chuchotements et  Scènes de la vie conjugale, toutes deux présentées à la MAC de Créteil, c’est encore une fois l’occasion pour Ivo van Hove de réinterpréter l’œuvre du cinéaste suédois sans en imiter  le style et les formes mais en suscitant des images nouvelles, des émotions violentes et sublimes. Les deux textes rassemblés pour cette nouvelle création ont été écrits pour la télévision et le cinéma mais le théâtre en occupe le centre du propos qui décrit l’ambivalence du rapport aussi litigieux que passionné des acteurs à l’art dramatique.

Les deux courtes pièces sont habitées des doutes et des souffrances de personnages qui interrogent avec subtilité et profondeur le sens de l’art dans la vie et la frontière tangible et poreuse entre la réalité et la fiction, un thème qu’Ivo van Hove explorait déjà avec succès dans  sa version d’Opening night de Cassavetes reprise dernièrement à Nantes (Voir ICI). Sans clichés et avec autant d’humour que de douleur, le dyptique livre une vision dure mais captivante du métier d’acteur en dévoilant les craintes, les frustrations, les revirements constants, entre agression et séduction, disséqués minutieusement dans des faces-à-faces, corps-à-corps, à la fois brutaux, tendres et sauvages, d’une densité et d’une tension qui subjuguent.

L’intelligence et la sensibilité de l’approche textuelle et scénique très contemporaine, à la fois réaliste et onirique, que fait Ivo van Hove bouleverse. La fine utilisation de la musique (mélopées tristes ou airs de rock chargés d’émotion) et la pulsation d’un cœur qui bat comme son prolongement, les lumières sublimes et délicates, la vidéo très bien utilisée ; tout embarque et fait vibrer intensément. Plus encore, l’effet miraculeux que produit la scénographie de Jan Versweyveld, une boîte horizontale qui soudain s’ouvre pour devenir l’espace insulaire dans lequel Elizabeth est en convalescence avec son infirmière au bord de la mer. Les deux jeunes femmes, toute en féminité et d’une sensualité divine, jouent au centre d’un vaste plan d’eau qui les entoure avant que s’abatte sur elle une tempête de pluie. Sous les trombes d’eau, un rebond de vitalité et de liberté, un élan revigorant mais aussi une vulnérabilité des corps dénudés et trempés font un moment de théâtre saisissant de beauté, de fragilité.

Il est rarement donné de voir sur un plateau de théâtre une humanité aussi nue, intime, écorchée. Elle est ainsi restituée dans toute sa complexité par les comédiens Marieke Heebink, Gils Scholten van Aschat, Karina Smulders et Frieda Pittoors. C’est aussi ce qui fait la force magistrale du théâtre d’Ivo van Hove qui trouve en Bergman un auteur de prédilection.

Photo : Jan Versweyveld

 

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