Théâtre

The Old Woman : la magie de Robert Wilson et des sacrés numéros d’acteurs

The Old Woman : la magie de Robert Wilson et des sacrés numéros d’acteurs

07 novembre 2013 | PAR Christophe Candoni

 

 

Depuis quand n’a-t-on pas été aussi heureux au théâtre ? n’avons-nous pas tant ri- et aussi intelligemment – ? n’avons-nous pas été à ce point étonné et ébloui par un spectacle ?, soupire-t-on revigoré en sortant du théâtre de la ville où se donnait mercredi la première de The Old Woman, irrésistible spectacle d’humour noir et absurde signé Robert Wilson, invité d’honneur du festival d’automne à Paris. Le metteur en scène américain a réuni, autour de textes étrangement lapidaires et oniriques du poète russe Daniil Harms, deux interprètes exceptionnels : le danseur et chorégraphe Mikhaïl Baryshnikov et l’acteur Willem Dafoe. Leur performance survoltée et délirante tient du génie.

Mi-clowns, mi-diables, les silhouettes longues et noires, les visages blafards, les traits appuyés, on les dirait jumeaux ou doubles, reconnaissables par la mèche rebelle qui se dresse drue sur leur tête mais dans des sens opposés, telles les aiguilles d’une pendule arrêtée. L’un porte un nœud papillon, l’autre une cravate. A ce détail prêt, ils sont en apparence identiques. Baryshnikov et Dafoe paraissent en scène sans âge, d’une classe folle, d’une grâce poétique, d’une drôlerie burlesque, d’une précision d’orfèvre, d’une inventivité et d’une liberté constantes, et ce dans le moindre geste, le moindre regard, le moindre déplacement, toujours varié et aérien. Ils s’enflamment en brodant d’infinies variations sur un texte déroutant qui, s’il faut trouver une correspondance, se rapproche du théâtre de l’absurde. Les deux comparses, qu’on dirait perchés dans les cieux sur une balançoire, devisant sur l’existence, pourraient aussi bien être Vladimir et Estragon, célèbre couple du Godot de Beckett, mais en plus volubiles, en plus vivants. Car il faut voir comme ils s’amusent à danser, chanter, brandir d’étranges objets (une horloge sans aiguilles, un flingue pailleté, une clope géante, un dentier-castagnettes…) et jouer avec de façon désopilante.

Leurs numéros d’acteurs magistralement orchestrés par Robert Wilson trouvent de multiples inspirations dans le dessin animé, le cinéma muet et expressionniste, le conte tendre et cruel d’enfance, le cirque et le music-hall. Une succession de tableaux vivants offre sans relâche un enchaînement d’images poétiques et surréalistes plus inspirées et réussies les unes que les autres. La splendide scénographie et les lumières changeantes et chatoyantes portent évidemment la patte méticuleuse  et magique du metteur en scène identifiable entre mille. Bien plus qu’une parfaite mécanique, le spectacle est à lui seul un monde, fabuleux, onirique, farcesque, tourbillonnant, où les repères se brouillent et disparaissent, où se mêlent une franche fantaisie, une profonde mélancolie et une angoisse existentielle. C’est tout l’art éblouissant de Bob Wilson.

visuel © Lucie Jansch

Infos pratiques

Centre Pierre Cardinal (festival Les Musicales)
Le Théâtre de l’Athénée
Marie Boëda

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *