Théâtre
Yukonstyle pousse la Colline aux limites du grand nord

Yukonstyle pousse la Colline aux limites du grand nord

29 mars 2013 | PAR Yaël Hirsch

Sur un texte très fort de la jeune dramaturge  québécoise Sarah Berthiaume, « Yokonstyle » met en scène 4 personnages venus aux limites nord du monde occidental pour s’y perdre et pourquoi pas  se trouver les uns les autres ? Une pièce ténébreuse où la lumière se glisse par interstices de grâce. Un voyage au bout du froid absolument sublime!

Garin (Dan Artus) et Yuko (Cathy Min Jung) sont cothurnes dans la nuit du Yukon. Ils travaillent au même endroit : elle est chef, lui fait la vaisselle. Yuko a décidé de fuir le Japon pour venir s’installer là où il y a le moins de compatriotes possible, d’où son choix du nord canadien. Garin, lui, y est né, de père blessé qu’il entretient (Jean-Louis Coulloc’h) et de mère inconnue qu’il sait être indigène (« native ») et imagine avec frayeur avoir été prostituée. La télé trône dans leur appartement noir qui les protège des -50 degrés du dehors. Jusqu’au jour où Yuko recueille une jeune-fille de 17 ans, Kate, qui a traversé le Canada en Greyhound pendant plus d’un mois « coast to coast« , dans sa jupette et ses résilles. Enceinte et morte de froid, Kate s’installe, au grand dam de Garin et transforme leur quotidien.

Alternant dialogues populaires et monologues d’une poésie saisissante, le très beau texte de Sarah Berthiaume parle avec intimité et conviction de la quête de soi. Une quête qui passe par la fuite vers le Grand Nord, ce Yujon où tout est supposé être « Larger than life », mais où en fait les contradictions internes viennent peu à peu à se révéler.  Il y a une violence proche dans les parcours de ces quatre personnages auxquels on s ‘attache, une violence ouverte car, malgré la retraite du Yukon, ils mènent leur quête sans jamais vraiment fuir la relation à l’autre. La mise en scène sombre et sobre de Célie Pauthe sculpte dans la lumière et surtout dans l’ombre la complexité de ces quatre âmes bien vivantes, tandis que les quatre comédiens donnent, chacun à leur manière, une très grande performance.  Une pièce à la fois généreuse et dérangeante, minimaliste et complexe, noire et lumineuse, d’une originalité folle et qui saisit pourtant par la familiarité du monde lointain qu’elle nous propose. Un très beau moment de vie et de théâtre.

« Yukonstyle », de Sarah Berthiaume, mise en scène : Célie Pauthe avec Dan Artus, Flore Babled, Jean-Louis Coulloc’h, Cathy Min Jung. Durée du spectacle : 2h.

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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