Théâtre

Par les villages :  Stanislas Nordey dans l’intimité de Peter Handke

Par les villages : Stanislas Nordey dans l’intimité de Peter Handke

07 juillet 2013 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Si le festival a été déclaré Ouvert ! hier soir, c’est dans la nuit du 6 au 7 juillet que les trompettes de Maurice Jarre ont pour la première fois retenti, accueillant le sombre texte de l’auteur autrichien Peter Handke, écrit en 1981, Par les villages, dans une mise en scène de l’artiste associé de l’édition 2013, Stanislas Nordey.

photo (90)On sait que Nordey aime la radicalité. Ses plateaux se font nus et les gestes faussement exubérants. Il cultive la lenteur de l’articulation pour permettre à tout texte choisi d’être porté et perçu comme une parole indéfectible à apporter à chacun.

Ce soir, la représentation a étonnamment commencé, par une prise de parole officielle du Syndeac puis par une tentative de trouble, moins officielle, portée par Sud. La tribune est celle d’une déception envers la politique d’Aurélie Filippetti jugée peu entreprenante. C’est sans sourciller que Laurent Sauvage entre sur un plateau de parquet, sur lequel sont posées plusieurs guérites de chantier. Olivier Mellano, un guitariste au son Bashung est en place.

Ce texte vient nous parler de nostalgie déplacée envers des mondes engloutis, ici, des villages qui se déshumanisent. Il parle d’une famille composée de deux frères et une sœur (Emmanuelle Béart), faisant corps après la mort de leurs parents. L’aîné prend le relais, les rancœurs se font vives mais silencieuses. « Jamais rien ne sera dit de méchant » entend-t-on dans le premier acte, et « la famille, ce sont les méchants », dans la conclusion. Le benjamin (flamboyant Stanislas Nordey)  est ouvrier, il passe dans les yeux de son grand frère pour un niais. Avant, les haines ont été telles qu’il avait quitté la « Propriété et le domaine », le geste ne manque pas de symbole de lutte.  Pourtant, quand on le découvre, il mène sa barque aux cotés d’autres « esclaves » modernes, campés talentueusement par Raoul Fernandez, Richard Sammut et Moanda Daddy Kamono, tous dirigés par la si charismatique Annie Mercier, tous au bord d’une révolution rouge.

w_par_les_villages__stanislas_nordey_(c)_christophe_raynault_de_lage__festival_davignon_2396Mais revenons au tout début. Au commencement, l’aîné prend les conseils d’une pythie moderne (Jeanne Balibar) : « joue le jeu, menace le travail encore plus » .

Notre héros, dans son voyage initiatique « par les villages », rencontre ceux avec qui il doit régler ses comptes. Chacun a une vision différente des choses. Entre la vieille (poignante Véronique Nordey) qui cherche l’archaïsme dans un culte du « C’était mieux avant » et une Emmanuelle Béart, dont la voix se pare d’une force trop artificielle tient des positions ouvertes vers la modernité, l’aîné est celui à qui tout le monde reproche d’être parti, d’avoir choisi une autre voie que celle de la manufacture.

Par les villages est une allégorie éternelle ici proposée par le biais de tableaux successifs qui sont l’occasion de monologues et quelques dialogues, ou plutôt confrontations. Le village n’a pas de nom, chacun y projettera ce qu’il y voudra, que ce soit sa vie personnelle au regard de ceux qui sont morts, ou plus légèrement, d’un changement de configuration dans une rue. La tentation d’être attiré par une nostalgie d’un passé figé est là.

Un bémol est néanmoins à mettre : Le spectacle se fait fleuve et peine sur sa fin, lorsque dans un monologue de plus de 20 minutes, la voix de Jeanne Balibar n’aura ce soir pas dépassé le dixième rang, gâchant le plaisir d’un travail millimétré, moins radical qu’Incendies ou Clôture de l’amour, Nordey a voulu habiller la Cour d’Honneur, un peu, en y posant un décor. On le préfère tout de même à vif, sur des tapis de danse uniformes.

Visuels

(c)Christophe Raynaud Delage

Décor © ABN

Par les villages se joue dans la Cour d’honneur du Palais des Papes jusqu’au 13 juillet.

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