Cinema
BAFTA contre BIFA : le grand borgne et le p’tit anglais

BAFTA contre BIFA : le grand borgne et le p’tit anglais

18 février 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

Les académies britanniques récompensent chaque année le cinéma de plusieurs façons. Les BAFTA sont mis en avant. Cette année, si l’on regarde les nominations puis les prix, remis hier, que voit-on ? Un hommage rendu à la grande Helen Mirren, dont on ne peut que se réjouir, ah ça oui, et une compétition où ne siégeaient que des films… américains. Heureusement, les BIFA sont là. De petites explications s’imposent.

BAFTAAh, les BAFTA ! Les British Academy Film and Television Arts Awards ! Remis tous les ans depuis 1948 ! L’équivalent britannique des Academy Awards, Oscars pour les intimes. Du prestige, encore du prestige ! Voyez la liste des films nommés pour l’édition 2014, qui s’est déroulée pas plus tard qu’hier : 12 years a slave (10 nominations), Capitaine Phillips (9 nominations), American bluff (8 nominations), Gravity (11 nominations)… Les Oscars « britanniques » ? Ces films sont à capitaux majoritairement américains. Pas de panique, une explication s’impose.

De même que les Oscars, les BAFTA récompensent les films sortis en salles en Angleterre –pour l’Ecosse et le Pays de Galles, c’est encore autre chose…- au cours de l’année écoulée. Au passage : prenez les listes des nominations aux Oscars depuis 1990, et voyez à quel point, dans les salles américaines, ne passent que des films américains… Enfin.

Les BAFTA récompensent « l’excellence » vue dans les cinémas anglais. Ils occupent cependant une position très, très curieuse : ils sont situés, dans le temps, entre les Golden Globes américains –l’équivalent, en termes de valeur, de nos Césars français- et les Oscars, sorte de récompense suprême dans le cinéma mondial. Et le fait qu’ils présentent, nominés, quasiment les mêmes films, témoigne d’une recherche de « glamour », de « classe », de prestige, d’une volonté d’attirer l’attention sur eux, confirmée par le nombre de personnalités conviées à la cérémonie de remise des prix. Mais que représentent-ils ? quelle valeur ont-ils ? Ils ont été créés en 1948, et les Oscars en 1928 : il ne s’agit pas d’une institution ancienne. Quelle est sa raison d’être, au regard du cinéma mondial ?

Et le vrai cinéma anglais, alors ? Est-il négligé ? On voit tout de même quelques films vraiment anglais, chaque année, dans les salles françaises… Les BAFTA comprennent une catégorie « Meilleur film britannique ». En 2014, les nommés étaient : Gravity, Rush, Dans l’ombre de Mary : la Promesse de Walt Disney, et, tout de même, les anglais Philomena, Mandela : un long chemin vers la liberté et Le Géant égoïste. Pour les trois premiers, s’agit-il d’une question de capitaux ? On a du mal à comprendre.

BIFAHeureusement pour nous, et pour le cinéma anglais un peu plus risque-tout, il y a les BIFA. Les British Independent Film Awards, créés en 1998. Remis le 8 décembre dernier. Dans le silence le plus complet –on ne va pas se plaindre de ça : ils équivalent aux Césars français, mais aussi aux David di Donatello italiens, aux Goyas espagnols et à toutes les autres récompensent nationales, peu médiatisées en France- mais avec des surprises. Ainsi, le BIFA du Meilleur film indépendant international a été remis à… La Vie d’Adèle ! Et quels étaient les nommés dans les autres catégories ? Metro Manila de Sean Ellis, Un week-end à Paris de Roger Michell, avec Jim Broadbent –sortie en France le 5 mars- How I live now de Kevin Macdonald –sortie en France le 12 mars- Les Poings contre les murs de David MacKenzie –sortie en France en juin prochain- Locke avec Tom Hardy, Filth avec James McAvoy et Jamie Bell… et Philomena et Le Géant égoïste. De vrais films anglais.

Ce qui nous fait dire qu’outre-Manche, le cinéma typiquement anglais –il ne s’agit pas ici de parler de « cinéma d’auteur », certains des titres cités étant des œuvres très grand public, et parfois même des policiers ou des films de science-fiction- est appelé cinéma « indépendant »… Question d’argent ? Un autre grand questionnement s’ouvre…

The QueenBon, et les BAFTA, dont tout le monde parle ? Cette année, on a quand même une raison pour les aimer : la grande Helen Mirren s’est vue remettre un prix d’honneur. Vous la connaissez : elle a beaucoup promené sa silhouette changeante, depuis Le Meilleur des mondes possibles en 1973 jusqu’à la récréation Red 2 en 2013, en passant par, attention, Excalibur (1981), Cal (1984) –qui lui valut un prix d’interprétation à Cannes- Mosquito Coast (1986), Le Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant (1989), La Folie du Roi George (1995) –qui lui valut un deuxième prix d’interprétation à Cannes- The Pledge (2001), Gosford Park (2002), Jeux de pouvoir (2009), L’Affaire Rachel Singer (2010), Hitchcock (2013)… et bien sûr, The Queen (2006), rôle pour lequel elle remporta un Oscar ! Une grande actrice… anglaise ! Vous voyez, ce n’est pas si compliqué de faire honneur à sa culture.

Visuel: un BAFTA © British Academy of Film and Television Arts

Visuel: logo des BIFA © British Independent Film Awards

Visuel: affiche du film The Queen, 2006 © Pathé Distribution

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale. Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival. CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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