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Le Géant égoïste, un superbe portrait d’enfant révolté par Clio Barnard

Le Géant égoïste, un superbe portrait d’enfant révolté par Clio Barnard

17 octobre 2013 | PAR Yaël Hirsch

 

 

 

 

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs en mai dernier, couronné par un Hitchcock d’or à Dinard « Le Géant égoïste » renouvelle avec maestria la veine du film social britannique. Porté par de jeunes acteurs brillants, cette fable sombre et mélancolique sonne comme un avertissement pour des sociétés qui sacrifient les générations à venir. Un film fort, visuellement et émotionnellement, en salles le 18 décembre.

[rating=4]

Arbor et Swifty dont deux adolescents de 13 ans tentant de vivre dans une banlieue ouvrière de Bradford, malgré une pauvreté asphyxiante et un monde d’adulte difficile à prendre pour modèle, tant la misère, la prison et l’alcoolisme sont présents. Alors que Arbor, l’intello au visage d’ange, exprime son désaccord avec ce monde déchu par un comportement agressif et parfois violent, son meilleur ami, tout en rondeurs, joue les gentils nounours loyeux et se trouve viré du collège avec lui. Or, tandis que les huissiers sévissent chez eux, les deux adolescents rencontrent Kitten, un ferrailleur qui leur laisse un peu d’argent quand ils collectent toutes sortes de métaux usagés. L’occasion pour les deux garçons de jouer un rôle qui n’est pas de leur âge : pourvoyeur, dur à cuir et magouilleur. La catastrophe s’approche lentement dans la grisaille infinie où les personnages évoluent.

Alors que Arbor (interprété par le formidable Conner Chapman) est le petit frère de Trevor interprété par Tim Roth dans « Made in Britain » d’Alan Clark (1982), doté de la vivacité chaleureuse du Gunther Strobe de « La merditude des choses » de Felix Van Groeningen (2009), l’amitié silencieuse et indéfectible de Swifty (Shaun Thomas, tout aussi excellent que son camarade) confère au film de Clio Barnard une apparente stabilité. Rien d’hystérique dans ces deux petits hommes évoluant sur le regard sans bienveillance de l’adulte qui les exploite, mais juste l’énergie de la jeunesse qui réclame su dû pour vivre. La tragédie s’enracine donc dans un terreau stable et s’en trouve d’autant plus menaçante. Ajoutez à ceci une image dont les nuances de gris sont parfaitement maîtrisées, et une véritable poésie dans la mise en scène d’un lieu pourtant désolé et vous obtenez un petit bijou d’émotion, qui rafle justement la mise, de festival en festival. A voir.

« Le géant égoïste » (A Selfish Giant), de Clio Barnard, avec Conner Chapman, Shaun Thomas et Sean Gilder, Grande-Bretagne, 2013, 1H30. Distribution : Pyramide films, sortie le 18 décembre 2013.

visuel : Agatha A. Nitecka

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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