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HITCHCOCK : Plus qu’un biopic, Sasha Gervasi nous raconte avant tout une histoire d’amour

HITCHCOCK : Plus qu’un biopic, Sasha Gervasi nous raconte avant tout une histoire d’amour

25 janvier 2013 | PAR Juliette Hebbinckuys

Avec plus de cinquante longs métrages à son actif, celui qu’on avait surnommé le maître du suspense n’est plus à présenter. Réalisateur, entre autres, de « fenêtre sur cour », « les oiseaux », « sueurs froides » ou encore « la mort aux trousses », Alfred Hitchcock est considéré comme le pionnier du genre thriller. Pour son premier film à la réalisation, Sasha Gervasi choisit de nous montrer, à travers la genèse de « Psychose »,  l’homme qui se cache derrière toutes ces œuvres…

Nous sommes en 1959, et la carrière d’Alfred Hitchcock semble à son apogée. Après le succès de « La mort aux trousses », il est à la recherche d’un nouveau projet, plus risqué et différent de tout ce qu’il a pu faire auparavant. C’est en lisant « Psycho », de Robert Bloch, qu’il décide de raconter l’histoire du tueur en série Ed Gein. Producteurs, amis, censure, tous vont essayer de le décourager sauf une personne : Alma, son épouse. Femme de l’ombre, habituée aux obsessions de son mari, elle décide de le soutenir au risque de tout perdre. Ensemble, ils mettent tout en œuvre pour achever le film le plus célèbre et le plus controversé du réalisateur : « Psychose ».

Inutile d’admirer Hitchcock ou de connaître toute sa filmographie pour savourer ce film léger et brillant sur ce qui fut la période phare de son existence. On y découvre un réalisateur plein d’humour, intelligent et subtil, mais aussi un homme froid, égoïste et peu sentimental. Surtout, on apprend l’existence de sa femme, Alma Reville, qui fut sa collaboratrice discrète et talentueuse. Mariés pendant 54 ans, ils font partie des modèles de ces grandes histoires d’amour, qui durent malgré la routine, le succès ou les épreuves. Ici, le couple est incarné par le duo Hopkins-Mirren dont l’alchimie est parfaite. Anthony Hopkins est méconnaissable en vieux monsieur bedonnant , à la fois drôle et cruel, entier dans sa complexité. Helen Mirren, qui interprète le rôle d’Alma, en fait une femme vive et déterminée, un peu sous estimée par son mari mais toujours à ses cotés. Autour d’eux gravitent plusieurs personnages importants notamment Peggy Robertson, le bras droit de Hitchcock interprétée par une Toni Collette assez stoïque et professionnelle. Il y a aussi Scarlett Johannson, qui joue le rôle de Janet Leigh, la comédienne principale de « psychose », et qui nous montre une femme à la fois sexy, drôle et pleine d’admiration pour son réalisateur. Enfin, on retrouve Jessica Biel dans le rôle de Vera Miles, ici sans grand intérêt, et James d’Arcy dans le rôle d’Anthony Perkins, à la fois maladroit et touchant.

La mise en scène est réussie, mélangeant habilement les scènes à huis clos du plateau de tournage avec celles de la vie quotidienne au sein de leur couple. La reconstitution est parfaite, et on retrouve avec plaisir les décors des studios de l’âge d’or hollywoodien. Quand à la photographie, très élaborée, elle n’a rien à envier à d’autres grands succès cinématographiques. La musique de Danny Elfman, compositeur nommé 4 fois à l’Oscar, colle complètement avec le romantisme de l’histoire. Seul bémol cependant : on regrettera la présence anecdotique de Ed Gein, présenté ici comme un compagnon imaginaire de Hichcock, sans que sa folie ne soit complètement exploitée. On sait que c’était un homme torturé, mais le fait de le montrer avec le tueur en série qui l’inspire paraît plus démonstratif que réellement intriguant. Les personnages qui entourent le couple sont parfois un peu délaissés au profit de l’histoire d’amour, qui même si elle est intéressante, peut finir par être un peu prévisible. On aurait aimé en apprendre d’avantage sur sa relation avec les autres, sa direction d’acteur, sa passion pour les blondes, ou ses obsessions morbides. Malheureusement, le film reste parfois trop superficiel pour en faire un bon biopic digne de ce nom.

Quoi qu’il en soit, sans être un grand film, Sasha Gervasi signe avec « Hitchcock » une comédie romantique sympathique, bien ficelée, et pas trop longue. On prend plaisir à découvrir l’homme qu’il a pu être, et on sort de la salle avec l’impression d’avoir passé un agréable moment. Et avec l’envie de voir ou revoir « Psychose »…


 

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Juliette Hebbinckuys

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