Théâtre

Cérémonie des Molières 2015 : un flot de paroles pas assez réglé

Cérémonie des Molières 2015 : un flot de paroles pas assez réglé

28 avril 2015 | PAR Geoffrey Nabavian

Cette année, le prometteur projet des Molières entamé en 2014, sous la direction de Jean-Marc Dumontet, a accouché d’une semi-déception. La faute surtout à des intermèdes lourds et trop longs. Le résultat : un flot de paroles, pas maîtrisé. Tout le contraire de l’excellent spectacle télévisuel proposé l’an dernier (lire ici pour se rappeler).

Qui dit cérémonie dit intermèdes. Les intermèdes, ou ce qui ne pardonne pas. En cette année 2015, on peut dire qu’on ne les a pas vraiment goûtés. Des textes longs, trop longs, qui décollaient rarement… Ecrits parfois dans une langue lourde (le quintette d’actrices, la longue bio de Molière)… Les sketches proposés ne faisaient pas théâtre, comme l’an dernier. Qu’est-il arrivé à Nicolas Bedos, dont les textes nous avaient fait tant rire ?… Et le rythme de la cérémonie a calé vite. Hier soir, en fin de compte, on a vu revenir le piège de l’avant-2011 : la volonté de parler de théâtre à la télé. De montrer du théâtre à n’importe quel prix. Quitte à traîner. A être lourd. A fatiguer l’attention. En 2014, on avait assisté à un show télévisuel, un vrai, dans lequel avait été inclus le théâtre… Bien plus prenant (lisez notre report ici).

Pourtant, la cérémonie démarrait pas mal. André Dussollier s’amusait bien en président, à qui on avait confié le soin de « désigner TOUS les lauréats ». « Je suis très touché que quelqu’un comme moi ait eu envie de voter pour quelqu’un comme moi »… Surprise : il se verrait récompensé un peu plus loin, en tant que Meilleur Comédien du théâtre public, pour son interprétation dans Novocento. On aimait, également, qu’il y ait davantage de nominés pour chaque catégorie. Par contre, que les noms des pièces ne soient pas dits à chaque fois… Frustration. Et où étaient les sections Décors et Costumes ?

De quoi se consoler, quand même ? certes. Car hier, ce sont des grands qui ont été récompensés. Denis Lavant, élu Meilleur Seul en scène, pour son spectacle sur les lettres de Louis-Ferdinand Céline (lisez notre critique ici). Dominique Reymond, qu’on aime tant, sacrée Meilleur second rôle, pour Comment vous racontez la partie (lisez d’abord une de nos critiques ici, puis l’autre ). Emmanuelle Devos, Molière de la Comédienne du théâtre public, excellente dans Platonov (notre critique ici). Et Marie Rémond, curieusement sacrée Révélation féminine pour son rôle dans la très bonne Yvonne, princesse de Bourgogne (lisez notre critique ici). Marie Rémond qu’on aurait plutôt voulu voir récompensée pour l’un de ses projets personnels… On n’oubliera pas Le Bal des vampires, mégasuccès couronné par le Molière du Travail visuel (lisez notre critique ici). Et Maxime d’Aboville, primé pour The Servant (Meilleur Comédien du théâtre privé), qui n’a vraiment aucune raison de se sentir « illégitime ».

Sinon, carton plein pour Nicolas Briançon : Molière du Metteur en scène du théâtre privé, pour Voyages avec ma tante ; La Vénus à la fourrure, pièce qu’il interprète, Molière du Meilleur Spectacle du théâtre privé ; et Marie Gillain, sa partenaire, Molière de la Comédienne du théâtre privé. Ont également reçu des prix Thierry Frémont, Molière du Second rôle pour Les Cartes du pouvoir (lisez notre critique ici) ; la pièce Les Coquelicots des tranchées, Molière du Meilleur Spectacle du théâtre public ; François Deblock, Révélation masculine pour Chère Elena (lisez notre critique ici) ; la troupe des Tistics, Molière du Spectacle musical pour Les Franglaises (notre critique à lire ici). Le Molière de l’auteur vivant est allé à Eric Assous. Et celui de la Meilleure Comédie aux Gens intelligents de Marc Fayet (notre critique ici). Quant au Molière du Metteur en scène du théâtre public, il a distingué Thomas Jolly pour Henry VI (notre article ici).

Merci enfin à Sébastien Thiéry pour sa mise à poil, et la cause juste qu’il défendait : le statut des dramaturges du théâtre public. Merci à Emmanuelle Devos d’avoir fait applaudir André Markowicz et Françoise Morvan. Merci à Ivan Morane, metteur en scène du seul en scène Faire danser les alligators… pour son éloge de la direction d’acteurs. Mais on pourra tout de même regretter la cérémonie bénie de 2014. « Le théâtre existe, il faut bien faire avec », dixit François Morel grimé. Mais dans certains cas, il vaut mieux qu’il compose avec le média télévisuel…

Visuel : © LesMolières

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Geoffrey Nabavian
Parallèlement à ses études littéraires : prépa Lettres (hypokhâgne et khâgne) / Master 2 de Littératures françaises à Paris IV-Sorbonne, avec Mention Bien, Geoffrey Nabavian a suivi des formations dans la culture et l’art. Quatre ans de formation de comédien (Conservatoires, Cours Florent, stages avec Célie Pauthe, François Verret, Stanislas Nordey, Sandrine Lanno) ; stage avec Geneviève Dichamp et le Théâtre A. Dumas de Saint-Germain (rédacteur, aide programmation et relations extérieures) ; stage avec la compagnie théâtrale Ultima Chamada (Paris) : assistant mise en scène (Pour un oui ou pour un non, création 2013), chargé de communication et de production internationale.Il a rédigé deux mémoires, l'un sur la violence des spectacles à succès lors des Festivals d'Avignon 2010 à 2012, l'autre sur les adaptations anti-cinématographiques de textes littéraires français tournées par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub.Il écrit désormais comme journaliste sur le théâtre contemporain et le cinéma, avec un goût pour faire découvrir des artistes moins connus du grand public. A ce titre, il couvre les festivals de Cannes, d'Avignon, et aussi l'Etrange Festival, les Francophonies en Limousin, l'Arras Film Festival.CONTACT : [email protected] / https://twitter.com/geoffreynabavia

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