Théâtre
Un Platonov bien vivant par Les Possédés

Un Platonov bien vivant par Les Possédés

10 janvier 2015 | PAR Christophe Candoni

A la Colline, l’esprit sombre et désespéré de Platonov de Tchekhov se voit revigoré par la facétie fiévreuse du collectif Les Possédés et la présence lumineuse d’Emmanuelle Devos. 

C’est l’été. Le dernier été au cours duquel une bande de jeunes aristocrates ruinés se trouvent conviés dans la propriété de la Générale (Emmanuelle Devos, magnifique Ana Petrovna, voluptueuse, insolente, et hilarante en plus) pour vivre ensemble la der des der. Ambiance fin de règne donc dans la chaleur campagnarde et néanmoins éperdument festive. C’est ce qu’a bien retenu l’acteur et metteur en scène Rodolphe Dana de sa lecture de Platonov qu’il monte, à l’opposé du sérieux mortifère d’un Alain Françon ou de la froideur analytique d’un Luk Perceval, avec beaucoup de souffle, de liberté et de vie. « Il n’y a pas d’ennui chez Tchekhov mais du désir » écrit Dana dans ses notes de travail. Oui, un désir, un appétit de vie, de dérision, d’élan, un besoin d’humour, d’amour, de fulgurance pour dire autrement la violence des sentiments contrariés, l’incertitude et la brutalité vertigineuses d’un monde qui bascule avant de s’écrouler.

Rien de calme et de languissant dans cette représentation peu conventionnelle de la pièce bousculée ; plus de clichés sur l’oisiveté neurasthénique chez Tchekhov mais une vitalité folle, des rires, des cris, des blagues, des chansons et des jeux. Dans le désordre et l’éclatement d’un décor-bazar, Platonov s’extrait de son habituelle agonie, de l’échec et du chaos. Le temps habituellement alangui fonce cette fois à vive allure et les abîmes de conversations tchekhoviennes sont portés avec une impulsion et une véhémence étourdissantes. Trop peut-être… En effet, cette version « légère » ne frôle pas qu’un peu le théâtre de boulevard au risque de décomplexifier et caricaturer exagérément le propos.

Platonov est une pièce de troupe et celle-ci explose sous la direction de Rodolphe Dana qui assure le rôle-titre dont il fait une espèce d’ogre, d’ours, à la séduction réelle bien qu’agressive. Il faut aussi citer Emilie Lafarge, David Clavel, Christophe Paou, Nadir Legrand et les autres. Pour ce collectif, découvert en 2002 avec Oncle Vania, revenir à Tchekhov en montant sa toute première pièce écrite à même pas vingt ans, s’apparente à un retour aux origines et à la jeunesse, meilleur qu’une cure de jouvence.

 

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