Comédie musicale

« Le Bal des Vampires » au Théâtre Mogador : des frissons, du rire, mais pas de sex-appeal

« Le Bal des Vampires » au Théâtre Mogador : des frissons, du rire, mais pas de sex-appeal

09 novembre 2014 | PAR La Rédaction

Le bal des vampires, une comédie musicale écrite par Roman Polanski en 1997, se joue pour la première fois en France et en français au théâtre Mogador sous la direction du réalisateur lui-même. Cette réadaptation du film culte de 1967 fait frissonner et sourire mais manque de profondeur et de sex-appeal.

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La magnifique salle du théâtre Mogador avec ses moulures, ses dorures, ses fauteuils et tapis rouge carmin est comble. Sur la scène, un immense écran aux lumières phosphorescentes fait apparaître en son centre un impressionnant dentier aux dents longues qui nous promet le frisson. Et ça marche. L’excitation et l’attente du public sont palpables et contagieuses.

Le début du spectacle est époustouflant : sur une musique inquiétante, un château gothique et mystérieux prend vie en 3 Dimensions devant nos yeux et s’éloigne pour faire apparaître la forêt enneigée de Transylvanie. On y découvre le vieux professeur Abronsius, un scientifique qui ne croit qu’en la science et la logique, accompagné de son fidèle assistant, le jeune Alfred. Ce duo improbable, parti dans ces contrées lointaines pour prouver l’existence des vampires, trouve abri dans une auberge où vit la famille Chagal. La fille Chagal, Sarah, pourtant charmée par la douceur d’Alfred, est envoûtée par le mystérieux propriétaire du château, le comte Von Krolock et décide de le rejoindre. Alfred, par amour, et le professeur Abronsius, par curiosité scientifique, décident alors de secourir la jeune fille.

Tous les codes du genre sont là: la Transylvanie, le château, le comte tentateur, la pucelle en éveil sexuel, la crypte, les pieux, les longs doigts pointus, les dents, le sang… Ils sont utilisés pour nous faire peur ou détournés pour nous faire rire.
Le comte est une créature terrifiante assoiffée de sang, pâle et drapée d’une cape de satin noir et violine. Chacune de ses apparitions est spectaculaire. Toujours accompagné de jeux d’ombres et de lumières, la première fois qu’il entre en scène, c’est dans le public. Il traverse les allées de l’orchestre, dans un calme de mort pour arriver seul en face du public, éclairé de telle sorte que sa cape dessine une immense chauve-souris sur un écran géant. Saisissant.

Les décors grandioses participent au frisson : l’auberge des Chagal, véritable maison sur deux étages, tourne sur elle-même; le cimetière bouge sous nos yeux; le château est morbide et superbe avec ses portes et son escalier aux moulures gothiques.
On frissonne également de plaisir grâce à la beauté des voix, particulièrement lors d’une scène de chœur qui conclut la première partie. Les voix de tous les protagonistes s’entremêlent avec puissance et grâce. Le ballet se déchaîne dans un tango acrobatique pour finir sur une très belle scène de crèche à la lumière des bougies, véritable point d’orgue du spectacle.

Le rire, ou plutôt le sourire est porté par des personnages burlesques qui ne se prennent pas au sérieux et des ressorts comiques classiques mais efficaces. Le père Chagal est le seul juif polonais des Carpates. Son fort accent et ses mimiques sont très sympathiques. Il devient même le seul et unique vampire juif qui ne craint pas les croix et promet de devenir végétarien. Le professeur Abronsius, joué avec brio par David Alexis, est excellent de drôlerie. Koukol, une créature mi-quasimodo, mi-vampire fait sourire à chacune de ses apparitions et le manque de courage et de virilité d’Alfred donne lieu à de nombreuses situations humoristiques.

Mais à l’heure de Twilight et de Vampires Diaries, mettant en scène des vampires amis et sexy, le bal des vampires version 2014 ne réussit pas à ressusciter le mythe du vampire terrifiant et assoiffé de sang.

Le comte est has been, toujours représenté sous un aspect effrayant et monstrueux, pas du tout avec l’élégance et la séduction du comte tel qu’il est représenté aujourd’hui ou même dans le film de Polanski. Les personnages ne sont pas suffisamment étoffés pour permettre d’aborder avec force les thèmes liés au mythe du vampire: la mort, le sexe, la lutte du bien et du mal, la représentation de l' »étranger ».

La relation d’attraction/ répulsion entre le comte et Sarah ne nous emporte pas car on ne sent pas la lutte entre le désir et la peur. On est trop loin de la tension érotique du Dracula de Francis Ford Coppola. Ceci à cause de la représentation du comte mais aussi et surtout de la platitude des paroles qui ne font qu’enchaîner les rimes pauvres, avec de manière lancinante le refrain du thème principal emprunté à Bonnie Tyler « T’as rien laissé du tout quand t’as fait s’éclipser mon cœur » qui tombe à plat. Et ce malgré, de très belles voix et une belle harmonie.

Quand Polanski écrit et réalise le bal des vampires en 1967, c’est dans une démarche de non-conformisme social. Comme l’écrit Marjolaine Boutet, dans son ouvrage Vampires au-delà du mythe, l ‘« aspect rebelle et contestataire de la figure du vampire est ré-exploré avec force dans les années 1960 et 1970, où la jeunesse remet en question toutes les bases de la société traditionnelle et patriarcale pour prôner la liberté et la tolérance. » En 1967 donc, Polanski innove à plusieurs niveaux. D’abord, le professeur n’est pas un prêtre mais un scientifique qui veut démontrer et prouver l’existence des vampires alors que le comte devient la figure religieuse en se présentant comme un pasteur parlant à son troupeau, dans une attitude de prêche religieux. Le réalisateur présente une joyeuse bande et pas un vampire solitaire torturé par cette solitude. Enfin, la fin est tragique, ce qui en 1967 était une forme de contestation du modèle américain où la figure de « l’autre » finit par l’emporter, comme l’explique également Marjolaine Boutet : « le film se conclut ironiquement sur la victoire des créatures de la nuit, refus iconoclaste du happy ending moral pro-humains des films de genre réalisés jusque-là. »

Or la comédie musicale ne véhicule plus cet esprit contestataire ni ce côté novateur et n’est plus finalement qu’un divertissement, très bien fait mais qui manque de tension dramatique et se fait alors poussif, une fois que l’effet surprise des décors et de la mise en scène s’essouffle.

Le bal des vampires, mise en scène de Roman Polanski, musique : Jim Steinman paroles : Michael Kunze, avec Comte von Krolock : Dumé,Sarah : Rafaëlle Cohen, Alfred Daniele : Carta Matiglia, Le Professeur : David Alexis, Chagal : Pierre Samuel, Magda : Moniek Boersma, Rebecca :Solange Milhaud, Herbert von Krolock : Sinan Bertrand,Koukol : Guillaume Geoffroy, durée 2h45.

visuel : © Julien Benhamou

Marie Aveillan

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