Théâtre
« Yvonne, princesse de Bourgogne » au Théâtre 71 : intelligent ballet de corps déchaînés

« Yvonne, princesse de Bourgogne » au Théâtre 71 : intelligent ballet de corps déchaînés

25 novembre 2014 | PAR Geoffrey Nabavian

La salle meurt de rire devant cette mise en scène de Jacques Vincey de la pièce, désormais classique, de Witold Gombrowicz. Le metteur en scène sait rendre les différentes dimensions de cette œuvre, qui parodie à la fois le pouvoir et William Shakespeare. Ce qu’on aime particulièrement ? les moments où s’invite un délire virtuose, et le jeu de quelques comédiens bien ancrés dans le réel.

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Belle idée de situer la cour d’Yvonne, princesse de Bourgogne à l’intérieur d’une demeure cossue et moderne, entourée d’une forêt tropicale. On se doute que les palmiers vont devenir menaçants, au cour de la pièce. Car cette œuvre très originale, écrite par Witold Gombrowicz en 1938, montre comment une anormalité, indescriptible et absurde, s’introduit dans un royaume et rend fous ceux qui le dirigent. La perturbatrice ? Yvonne, jeune fille « au sang paresseux », choisie par le Prince Philippe pour être sa femme. Yvonne, jeune fille qui « énerve ». Yvonne, que notre prince va vouloir posséder, contrôler, étudier et humilier… Actions dont il sera lui-même, en fin de compte, la victime.

Au début, la représentation des personnages de la cour agace un peu. Les attitudes sont soulignées jusqu’à l’emportement. Tout le monde rit très fort, Philippe (Thomas Gonzalez) et son ami Cyrille (Clément Bertonneau, au jeu physique bienvenu) s’exaltent, déclament presque… Les micros n’apparaissent pas justifiés… On a cependant droit à de belles scènes chorales, remplies de « Ah ! » et de « Hum ! », sensés signifier que tout est magnifique. Mais ensuite apparaît Yvonne (Marie Rémond), appelée « laideronne », « limace », « guenon »… Yvonne qui n’a pourtant pas, ici, une personnalité immédiatement rebutante…

Ce ton exagéré continue, nous laisse un peu sur le côté, et… Et puis, on comprend. Les interventions de Blaise Pettebone, d’une imposante, écrasante justesse, toute simple, nous raccrochent au réel. C’est là que l’on en vient à distinguer ce qui se cache derrière Yvonne. Elle libère le corps. Ainsi, plus loin, lorsque Thomas Gonzalez baisse son pantalon, la nudité, exagérée, n’est pas injustifiée. Lorsqu’Hélène Alexandridis, qui joue la mère du prince, parodie Lady Macbeth, elle en fait beaucoup. Mais le contraste avec l’ordre du début rend juste le chaos qu’elle provoque. Et la salle est morte de rire. On peut dire, ainsi, que cette mise en scène de Jacques Vincey, nouveau directeur du Théâtre Olympia de Tours, est intelligente. Mais ce qu’on préfère, ce sont les phases les plus inattendues, à la limite du gratuit. Lorsque le Chambellan (Jacques Verzier) prépare le décor pour le quatrième acte, il arrache par exemple les rideaux, puis installe les arbres à l’intérieur, en une vraie chorégraphie, virtuose, hilarante et signifiante. Là se faufile une folie toute simple, toute pure, bienvenue.

Yvonne, princesse de Bourgogne, de Witold Gombrowicz. Mise en scène de Jacques Vincey. Avec Hélène Alexandridis, Miglé Berekaité, Clément Bertonneau, Alain Fromager, Thomas Gonzalez, Delphine Meilland, Blaise Pettebone, Nelly Pulicani, Marie Rémond, Jacques Verzier. Durée : 2h15.

Visuel : les comédiens (Yvonne est la quatrième en partant de la droite) © Pierre Grosbois

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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