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[Live report] Yael Naïm, Asaf Avidan, Hubert-Félix Thiéfaine et Guts au Printemps de Bourges

[Live report] Yael Naïm, Asaf Avidan, Hubert-Félix Thiéfaine et Guts au Printemps de Bourges

28 avril 2015 | PAR Pierrick Prévert

La veille, la grande scène était prise d’assaut par des grosses productions énergiques et urbaines qui faisaient face à un jeune public prêt à tout pour passer un bon moment. Aujourd’hui, c’était au tour des mélodies subtiles et des voix fragiles de charmer les cœurs et s’approprier l’endroit. À 19h, Yael Naïm ouvrait le bal.

Yael Naim, Asaf Avidan : Israël à Bourges

Derrière les grands rideaux noirs qui couvrent la scène, des claquements de mains s’élancent pour introduire le premier morceau et les rideaux s’écartent. Apparaissent alors Yael Naïm et David Donatien, évidemment, mais aussi les chœurs des 3somesisters, heureux ajouts à la représentation et qui apporteront tout au long de ce concert leur cœur et leur âme. L’ordre suit l’album, ainsi après « I walk until », qui ouvre le set, arrive « Make a child », puis « Dream in my head » et « Coward » dans des conditions peu évidentes : un W à moitié vide et un public globalement inerte. Qu’à cela ne tienne, Yael Naïm a plus d’un tour dans son sac, et présents et retardataires qui viennent peu à peu grossir les rangs se font alors envoûter par une reprise soul et à la sensualité explosive de « Toxic » de Britney Spears. Murmurant les « now » qui ponctuent la fin du morceau, les soufflant presque, elle fait mine de les attraper dans le creux de sa main pour les jeter comme un sort vers le public, qui répond à son tour. Si l’auditoire retombera ensuite dans une écoute peu agitée des morceaux, ce sera pour s’animer à nouveau dès les premières notes de « New Soul », qui viendra clôturer le set et fera se balancer tout le monde d’un pied sur l’autre tout en chantant les « nanana » dans une communion assez plaisante.

Le temps d’un changement de plateau et arrive un autre chanteur israélien, Asaf Avidan, déjà présent lors de l’édition 2011. A six musiciens, trois hommes, trois femmes, c’est un plateau paritaire – c’est assez rare pour être remarqué, les festivals étant dominés par les musiciens masculins – et il enchaîne les titres folk du haut de sa voix perchée et nasillarde : « Over my head », « Ode to my thalamus »… Si le public applaudit chaque morceau sans effusion de joie particulière, quelques « woohoo » féminins – et au moins un masculin – ne manquent cependant pas de résonner quand il fait tomber sa veste sur « Different pulses ». C’est après « Cyclamen » et la plus rock « The jail that sets you free », et sans être non plus franchement impressionnés par la prestation, que nous prenons la direction de la scène Pression Live pour aller y écouter I AM UN CHIEN !!!.

Le changement d’ambiance risquant d’être rude, nous prenons quelques minutes pour effectuer un détour par le 22 et découvrir quelques notes de Lucas Santtana, chanteur brésilien électro pop, avec 7 albums au compteur, accompagné par deux acolytes. Vêtus de chemises à motifs colorés et de lunettes fumées, le trio ouvre devant un public de quelques dizaines de personnes sur la délicate chanson « Human Time » (feat. Fanny Ardant, s’il-vous-plaît) issue de l’album « Sobre Noite e Dias » publié chez le très français label No Format. Sans se démonter pour autant, le groupe enchaîne ensuite sur « Let the night get high » et n’hésite même pas à demander à la poignée de présents de taper dans les mains – après tout, quitte à être peu, autant s’amuser. Et s’amuser, c’est ce que ne manque pas de faire un jeune couple qui au milieu de la salle se dévore des yeux et tourne dans les bras l’un de l’autre au son de sa voix.

La claque I AM UN CHIEN !!!, la classe Hubert-Félix Thiéfaine

Sans plus tarder et sans savoir si la salle se remplira finalement, nous nous dirigeons enfin vers la scène Pression Live. Et là, à vrai dire, synthétiser I AM UN CHIEN !!! en quelques mots est assez dur : c’est enthousiasmant, crade, bordélique, énergique et bruyant à la fois. Le concert s’ouvre sur une ligne punk assez classique, puis bascule au sein du même morceau dans le hardcore électro. Et du début à la fin on suit ce schéma : une ligne techno arrive, la voilà directement douchée par un riff bien métal. On pense saisir une influence hip-hop et ça part dans du noisy qui dégouline. I AM UN CHIEN !!! est un groupe véritablement rafraîchissant au milieu de productions de plus en plus propres : les gars s’éclatent sur scène, font ce qu’ils veulent et le font bien. Et en parlant de productions propres, un bref regard vers la montre nous indique qu’il est plus que l’heure de rejoindre Hubert-Felix Thiéfaine, qui a déjà commencé il y a une trentaine de minutes au W.

Ce qui frappe en arrivant sous le chapiteau est à quel point sur scène Hubert-Félix Thiéfaine est la nonchalance faite homme, qui confine à la « sprezzatura ». Il se promène sur scène comme dans son salon, avec le flegme des gens que plus rien n’impressionne, pas même un W désormais plein où des groupes de fans disséminés un peu partout connaissent ses morceaux par cœur et se font un plaisir de les chanter spontanément. 40 années de scène y sont certainement pour quelque chose, mais pas seulement. Que ce soit sur « Angélus », où la scène sera baignée par les spots blancs immaculés, ou « Autoroutes Jeudi D’Automne » au début de laquelle il déclamera le poème de Cesar Vallejo qui l’a inspiré, en passant par « Alligator 427 » où une scène bleue-verte sera balayée par des spots jaunes (ou, devrait-on dire, de longs regards phosphorescents), tout est beau, subtil et emballant. Un point d’orgue est atteint sur la magnifique « Je t’en remets au vent » où Hubert-Félix Thiéfaine se retrouve seul, guitare folk à la main, face à un public qui chantera chacun des couplets avec lui – difficile de ne pas se laisser émouvoir. Une communion semblable aura lieu sur « La fille au coupeur de joints », dernier morceau du rappel, qu’il prendra un malin plaisir à faire durer.

Le concert laisse des beaux souvenirs et les plus courageux et éclectiques migrent alors vers la scène du 22 écouter Guts, ancien membre d’Alliance Ethnik, dérouler ses titres hip-hop, voire parfois funk comme dans le morceau « Man Funk » avec Leron Thomas d’ailleurs présent pour l’occasion. La salle est pleine, le public chante les paroles écrites sur des panneaux que Guts, qui joue à la fois le rôle d’amuseur et de galvaniseur, agite consciencieusement aux moments opportuns. C’est efficace et léger, une bonne partie du public se laisse prendre au jeu, et la soirée arrive lentement à son terme. Un dernier tour de l’autre côté du 22, sur la scène dite « Est », pour assister au concert de FKJ (acronyme de French Kiwi Juice) où, avec ses courtes dreads, son synthé penché vers le public façon électro « what you see is what is played » et armé de boucles, il construit des mélodies électro penchant vers le soul ou le funk. Plusieurs instruments seront appelés à la rescousse, notamment une guitare, sur laquelle il jamera par moment, sur un morceau qui s’étire pendant près de 40 mins et s’arrêtera pour introduire, June Marieezy, chanteuse philippine qui,  plume à la main (littéralement), viendra interpréter avec lui dans une évidente complicité le morceau « Fly ». Les lumières de la scène se rallument après un dernier morceau, il est 1h00 et déjà l’heure de rentrer.

On retrouve toute la programmation du Printemps de Bourges par ici.

Visuels : (c) PP

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Pierrick Prévert

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