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[Live report] Stephan Eicher, Arthur H, Deluxe et Chinese Man au Printemps de Bourges

[Live report] Stephan Eicher, Arthur H, Deluxe et Chinese Man au Printemps de Bourges

27 avril 2015 | PAR Pierrick Prévert

C’est le souvenir brumeux des beats de Cashmere Cat, de l’électro dancefloor de SBTRK et du jeu léché de Fakear qui nous accompagne le long des berges de l’Auron, tandis que les cerisiers du Japon en fleur qui les bordent sèment leurs pétales roses au gré du vent. La ville a ses charmes et le festival ses promesses, et aujourd’hui nous attaquons directement par la scène Pression Live pour aller y écouter Bigott, en jetant un regard inquiet vers le ciel menaçant.

Originaire de Saragosse, Bigott se traîne un look improbable, mêlant coupe de Sébastien Tellier et barbe du professeur Tournesol, et enchaîne tantôt balades aux sonorités folk, tantôt chansons pop, tantôt voix Johnny Cashiesque – mais attention, avec un accent espagnol – le tout sans se prendre au sérieux… Et le plus étrange, c’est que ça marche. Alternant entre des morceaux plus anciens « God is Gay », « Dead mum walking », et ceux de son dernier album Pavement Tree (« Echo Valium », ou encore « Baby Lemonade »), on se laisse prendre par son jeu de scène jovial qui le fait terminer ses morceaux d’un « gracias », prononcé comme s’il s’agissait d’une bonne blague, ou encore le poing levé vers le ciel faisant mine de hurler un « Yeah ! » silencieux. Il sera présent le 9 mai sur le parvis de l’hôtel de ville à Paris à l’occasion de la journée de l’Europe, et ce serait dommage de s’en priver.

D’un pas déterminé on se dirige à l’opposé de la ville vers le théâtre Jacques Coeur, un mignon petit théâtre à l’italienne fin XIXe pourvu de ses balcons et de son poulailler, où l’on arrive sans se perdre (c’est un mensonge). Si l’ambiance est très théâtre, avec un public qui chuchote en attendant le concert, ce ne sont pas les trois coups qui annoncent le début de la représentation, mais des nappes de synthés. Perez arrive, la main lâche, en jean slim, chemise imprimé noir&blanc, pour réciter sa cold-wave technoïdale sexuée. Perez, en somme, ce sont les voix des années 80 qui racontent les ébats de 70 avec les instruments de 2010. L’ensemble oscille globalement entre le vraiment kitsch et le bien pesé, avec quelques passages qu’il semble avoir du mal à assumer, notamment sa plus explicite « Le Prince Noir », où il passera son temps à regarder ses pieds ou tourner le dos au public. Le final sur l’efficace « Les vacances continuent » rattrapera un public jusque-là dubitatif.

Quand Balthazar arrive sur un set « podiumisé » sur lequel le batteur, au fond, surplombe le groupe qui forme une ligne de front face au public, tout le monde a gardé sa place et celles qui étaient encore libres il y a quelques minutes sont désormais de l’histoire ancienne. Les Belges ouvrent sur les violons de « Decency », premier titre de leur dernier album Thin Walls sorti fin mars. En pleine tournée promo, et après avoir fait un Bataclan complet deux semaines auparavant, ils déclinent ici la même setlist raccourcie pour l’occasion. Si les sourires sont présents sur les visages, il faudra attendre « Fifteen Floors » de l’album Rats, et ses riffs diaboliques, pour que le public commence véritablement à dodeliner de la tête. A la fin du morceau, le chanteur Maarten Devoldere remarquera d’ailleurs l’étrangeté de jouer du rock devant un public dans des fauteuils. La fin du set est convaincante, entraînante et il ne faudra d’ailleurs que l’autorisation donnée comme une évidence « vous pouvez vous lever » sur la finale « Do not claim them anymore » pour que le public, qui semblait n’attendre que ça, se dresse comme un seul homme et remue la tête et les hanches – les cris suivront.

Eicher, Arthur H : deux hommes, un même public

Impossible, malheureusement, d’attendre le rappel que le groupe a sans aucun doute joué comme le public ne voulait pas partir, car il faut retourner à l’autre bout sans se perdre (encore raté) pour écouter Stephan Eicher et ses étranges automates, au sein d’un Palais d’Auron plein à craquer de quadras et quinquas avec des étoiles plein les yeux. Si le dispositif et sa présentation ont quelque chose de féerique – il joue seul sur scène, au milieu d’orgue, piano, xylophone et autres instruments mécanisés – la musique est aussi rendue plus froide par l’exercice. Mais par son charisme, sa belle gueule de mousquetaire, la chaleur de sa voix et l’entrain d’un public conquis d’avance qui rira à toutes ses blagues (et applaudira même chaudement en riant son loupé sur « Two people in a room »), on se laisse gentiment porter. On ne pourra s’empêcher de penser aussi à son ami et écrivain Philippe Djian, auteur de plusieurs de ses textes, auquel il rendra d’ailleurs hommage avant de commencer le morceau « Prisonnière ».

Quand Arthur H, en costume cintré argenté et t-shirt noir, arrive à son tour sur la scène du Palais d’Auron, le public est en grande partie le même. Au théâtre Jacques Coeur comme au Palais d’Auron, les places sont chères. Le public lui est globalement bienveillant et même carrément enthousiaste quand il s’agit, par exemple, de lui donner la réplique en lieu et place de Matthieu Chedid sur une version de « Est-ce que tu aimes ? » rendue plus rock pour l’occasion. Arthur H prendra soin à saluer Juliette Gréco qui se tenait deux jours auparavant, lors de l’ouverture du festival, sur cette même scène pour donner le coup d’envoi de sa tournée d’adieu. Les lumières scintillent sur les structures argentées suspendues, éclairées tour à tour, et le spectacle se déroule sans grande surprise.

Deluxe, Chinese Man : énergiques et efficaces

Quelques dizaines de mètres plus loin nous rejoignons le chapiteau géant du W et ses 6500 places, pour se prendre vingt à trente ans de moyenne d’âge en moins dans les dents et l’entrée toute en subtilité de Deluxe sur « La Chevauchée des Walkyries ». Les protégés de Chinese Man l’annoncent, l’apocalypse c’est maintenant : objectif, faire danser le W et pour cela ils ont de l’énergie, une production léchée, une musique qui oscille entre électro, hip hop, voire même électro swing et une bonne dose d’injonctions militaristes : sauter, lever les bras, répondre aux « eh », aux « oh » et à la question de savoir si « l’on en veut encore » – question qui arrivera assez étrangement dès le milieu de la deuxième chanson. Heureusement pour eux, une armée de fans s’en donne à cœur joie et reprend en chœur et en rythme les tubes qui s’enchaînent : « My Game », « Mister Chicken » ou encore la très Caravan Palace-esque « Pony ».

C’est finalement au tour de Chinese Man, la maison-mère aixoise, de débarquer au W, avec un triptyque d’écrans au-dessus des platines, large écran en dessous, des cuivres (trompette et trombonne) qui ouvriront d’ailleurs le show, une batterie et deux MCs (Youthstar et Taiwan MC), pour développer un trip-hop qui tire tantôt sur le hip-hop, tantôt vers le dancehall, le tout nimbé d’électro. C’est propre, efficace, suffisant pour achever de convaincre les aficionados du genre et clôturer la soirée, avant que nous ne remettions le couvert le lendemain.

On retrouve toute la programmation du Printemps de Bourges par ici.

Visuels : (c) PP

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Pierrick Prévert

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