Théâtre
Les cartes du pouvoir – De l’audace au cynisme

Les cartes du pouvoir – De l’audace au cynisme

02 octobre 2014 | PAR Nausicaa Ferro

De l’audace au cynisme, il n’y a qu’une marche, qu’un pas, qu’une carte. Construite à la façon d’un conte moderne sur fond d’élection présidentielle américaine, la pièce Les cartes du pouvoir est adaptée de Farragut north de Beau Willimon (2008), une intrigue façon polar où les gentils et les méchants se confondent, et où communication rime toujours avec manipulation.

Jeune crack de la communication politique, Stephen (Raphaël Personnaz) est l’attaché de presse du candidat démocrate Morris pour la campagne des primaires de l’élection présidentielle américaine, campagne dirigée par Paul (Thierry Frémont), dans le métier depuis 30 ans.

Les deux hommes orchestrent les dessous des sondages, amadouent les journalistes, négocient les soutiens nécessaires à l’élection de leur candidat. Tout se déroule comme prévu quand Stephen reçoit le coup de fil du directeur de campagne du camp adverse. Point de non retour, l’intrigue bascule.

Cinématographique, la mise en scène de Ladislas Chollat est moderne, sert l’intrigue quasi policière du texte, et la pièce se regarde comme un film (elle a d’ailleurs été adaptée au cinéma en 2011 par Georges Clooney, avec Les marches du pouvoir).

Morale, la pièce est semblable à un conte, où les valeurs des uns se confrontent à la trahison des autres. Qui trahit ? Pourquoi ? Pour qui ? La question est centrale, tout comme celle de la loyauté et comme le dit Paul « la loyauté… sans elle, t’es tout seul ».

Vraisemblable, le propos est d’actualité. Où commence la communication, où s’arrête la politique ? Qu’est-ce qui distingue les deux ? Les relations entre journalistes et attachés de presse sont souvent décrites comme cordiales, mais cette pièce propose un regard bien plus cynique sur cette cordialité, qui semble souvent s’apparenter à du délit d’initiés. Le plus probant est la thématique des sondages, qui prend une bonne place dans la pièce, ces sondages qui comme le dit Ida la journaliste sont « comme les parfums, sentez-les , ne les buvez pas ».

Les huit comédiens proposent un jeu fluide, rythmé parfois énervé qui réveille le public et le maintient toujours en haleine. Le duo Raphaël Personnaz/Thierry Frémont (Elève/Maître) est juste, Personnaz joue à merveille le dilemme ambition/loyauté. Son rôle est à mi-chemin entre son personnage de parvenu dans Trois mondes (2012) et celui de jeune rédacteur de discours dans Quai d’Orsay (2013). Frémont quant à lui est bluffant dans l’interprétation parfois hystérique de vieux loup de la communication politique.

Nausicaa Ferro

© Laurencine Lot

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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