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[Festival d’Avignon] Shakespeare et l’Argentine pour penser l’Autre

[Festival d’Avignon] Shakespeare et l’Argentine pour penser l’Autre

27 mars 2015 | PAR Christophe Candoni

Hier en Avignon, aujourd’hui à Paris, Olivier Py a présenté le programme de sa deuxième édition à la tête du festival qu’il ouvrira lui-même dans la Cour d’Honneur avec un Roi Lear de Shakespeare chargé d’inaugurer une cinquantaine de manifestations (productions scéniques et expositions) dont 35 créations égrenées du 4 au 26 juillet 2015 sur une durée très légèrement amputée.

Nous quittions Olivier Py en juillet dernier au terme d’une 68e édition marquée par les mouvements de grève des intermittents du spectacle et les caprices de la météo qui avaient débouché sur l’annulation de 12 représentations et une perte financière « surévaluée » à 300 000 euros ; un total certes malheureux mais qui avait relativement rassuré les spectateurs et la profession au vu du désastre vécu un mois plus tôt à Montpellier. Ce bilan donnait toutefois du grain à moudre à un directeur qui usait d’une rhétorique alarmiste et victimaire pour éviter de rendre compte de l’inégalité de ses propositions artistiques.

Olivier Py évoquait à l’époque la perspective d’un festival sans la Carrière de Boulbon et raccourci d’une semaine ! En juillet prochain, le calendrier ne sera amputé que de deux jours seulement et plusieurs lieux ne seront effectivement pas ouverts au public, à savoir le gymnase du collège Paul-Giéra, l’espace Jeanne Laurent, le jardin des Mons, le Verger, et l’Hôtel des Monnaies.  La mairie de la ville qui réduit sa subvention de 5% n’en permet pas l’accès.

Olivier Py articulera sa programmation autour d’auteurs vivants (dont l’emblématique Valère Novarina présent au Cloître des Carmes avec Le Vivier des Noms) et d’artistes encore jamais venus dans la cité des Papes : Jonathan Châtel (Andreas de Strindberg), Benjamin Porée (Trilogie du revoir de Botho Strauss), Samuel Achache (Fugue), Laurent Brethome ou Olivier Martin-Salvan…

Le premier d’entre eux, de loin leur aîné mais peut-être finalement le plus jeune et le plus radical, est un Maître du théâtre polonais : Krystian Lupa fera à 70 ans son premier Avignon avec le très attendu Des arbres à abattre, texte mordant et incisif de son auteur de prédilection Thomas Bernhard. Ce sera sans conteste le grand événement du 4 juillet prochain, date à laquelle Olivier Py investira la Cour en réalisant un rêve de trente ans confie-t-il, mettre en scène Le Roi Lear avec Philippe Girard dans le rôle-titre. Shakespeare sera à l’honneur avec la venue de la Schaubühne et de son metteur en scène Thomas Ostermeier pour un Richard III créé à Berlin en février dernier, puis avec Antonio e Cléopatra, monté par Tiago Rodrigues, artiste et directeur du Théâtre de Lisbonne découvert il y a peu au Théâtre de la Bastille avec By Heart.

Claudio Tolcachir (révélation du Festival d’Automne 2010), Mario Pensotti et Sergio Boris seront au cœur d’un focus sur Buenos Aires qui confirme les affinités de l’actuelle direction avec le théâtre du sud. On note à ce sujet la présence de l’orchestre des jeunes de la Méditerranée, de l’égyptien Ahmed El Attar et du tunisien Sayed Ragab en équipe pour The Last Supper, les représentations de Hacia la alegria, une autre mise en scène d’Olivier Py à partir cette fois d’un de ses textes créé à Madrid avec Pedro Casablancs et une Homériade musicale en clôture de festival.

Deux incontournables expositions sont annoncées, l’une consacrée au regretté Patrice Chéreau à la Collection Lambert et l’autre à Tadeusz Kantor dont on fêtera le centenaire de la naissance à La Mirande. La danse et la performance seront représentées par Angelin Prejlocaj associé au romancier Laurent Mauvignier pour Retour à Berratham, ainsi que Hofesh Shechter, Gaëlle Bourges, Fabrice Lambert, Eszter Salamon. Deux comédiennes de légende sont attendues pour de brefs passages, un seul soir pour Isabelle Huppert qui lira Sade et un autre pour Fanny Ardant.

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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