Danse

« Political Mother » de Hofesh Shechter: The Choreographer’s Cut

« Political Mother » de Hofesh Shechter: The Choreographer’s Cut

20 décembre 2014 | PAR Géraldine Bretault

Nous avions quitté Hofesh Shechter début 2014 avec une création, Sun, et c’est avec plaisir que nous le retrouvons à la Halle de la Villette, dans le cadre du Festival d’Automne, avec la reprise d’une pièce de 2012 intitulée The Political Mother

[rating=4]

Commençons par parler des dimensions de la pièce : pas moins d’une quarantaine d’artistes, musiciens et danseurs, sont présents sur la grande scène de la Halle de la Villette, pour interpréter Political Mother. L’excitation du public, divisé entre fosse et gradins, monte comme avant un concert de rock. Et pour cause… Des percussionnistes, des instruments à cordes et un véritable groupe de métal se partagent le fond de scène, disposés les uns au-dessus des autres, comme trois frises superposées. Les débibels franchissent vite le mur du son et ne redescendront plus pendant toute la durée du spectacle (des boules Quiès étaient d’ailleurs distribuées aux caisses).

Sur scène, piégés entre les fumigènes et les riffs hurlants, les danseurs sont de plus en plus nombreux, et semblent subir la pression d’un dictateur à tête de gorille qui impose sa terreur sur le monde. Bien vite, les changements de costume, la violence, les armes simulées ou réelles évoquent les différentes régions du monde en conflit. Les guerres se ressemblent et se succèdent, semble nous dire Hofesh Shechter, imposant leur lourd tribut aux hommes, qui n’ont que leur humanité grégaire à leur opposer.

Il faut souligner l’excellence des danseurs de la troupe, face à une partition extrêmement rapide, très exigeante, pour une danse aussi ancrée dans le sol que propulsée dans les airs. Les bras sont tendus vers les cieux, implorant la clémence de dieux absents, et les girations s’enchaînent à une vitesse hallucinante.

Même les étreintes des couples prennent un tour spasmodique, entre deux envolées de rock métal qui laissent malgré tout percevoir quelques mélodies yiddish en arrière-plan. Hofesh Shechter est aussi le  compositeur de la pièce. Sans répit, le spectateur aux tympans vrillés ressent dans ses tripes la violence qui habite ce monde. Puis un slogan s’allume enfin en fond de scène : Where there is pressure, there is folkdance. Personne n’arrivera à étouffer la danse des corps, dernier rempart de l’humanité face à l’adversité. Et nous de penser à Folks, de Yuval Pick, et de se dire que, décidément, il y a une énergie viscérale commune chez ces deux brillants chorégraphes contemporains d’origine israélienne, doublée d’une profonde foi dans l’Autre.

Visuels : © Gabriele Zucca

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Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, traductrice et rédactrice dans le secteur culturel, collaboratrice régulière de l'ICOM, des Rencontres d'Arles, de la revue de design Etapes. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France et du Syndicat de la critique de théâtre, musique et danse, elle a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, autour des rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle officiait en tant que Docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

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