Théâtre
« El pasado es un animal grotesco » : narration et action à la Colline

« El pasado es un animal grotesco » : narration et action à la Colline

06 décembre 2013 | PAR Claire Teysserre-Orion

Dans le cadre du Festival d’Automne, Paris accueille la compagnie de Marano Pensotti, un dramaturge argentin. Du 11 au 14 décembre, la Maison des Arts de Créteil (MAC) donnera à voir Cineastas. Mais, avant cela, c’est le théâtre de la Colline qui prête son grand théâtre à El pasado es un animal grotesco, un titre qui annonce déjà une langue énergique et pertinente.

Le théâtre en version originale est trop rare : il n’est pas utile de comprendre une langue pour entendre son rythme et son harmonie. Pour El pasado es un animal grotesco, une pièce créée en 2010, l’espagnol teinté de son séduisant accent argentin est enchanteur et bavard. La version originale, c’est aussi la démonstration qu’une pièce ne saurait se cantonner à son texte : les surtitres de part et d’autre de la scène nous donnent le sens, quand les comédiens habitent et animent la narration.

Des narrations

Et, ici, il faudra plutôt parler de narration au pluriel. Pablo, Vicky, Mario, Dana, Laura sont au début de leur vie d’adultes, dans les années 2000. Les 10 années suivantes vont percuter leurs idées sur ce que devrait être leur vie. Pablo découvre un jour, sur le pas de sa porte, une main sectionnée qui sera l’objet de sa folie. Ses velléités de vie normale ne tiendront pas longtemps et il reviendra inlassablement à son obsession. Peut-on parler en des termes similaires de Mario et Dana, un couple dont la fougue s’essoufflera au fil des années ? Et Vicky qui découvre que son père a une deuxième famille ? Et Laura qui croit qu’en quittant Buenos Aires, elle peut quitter sa vie ?

Au milieu de la scène, un plateau circulaire ne cesse jamais de tourner. Cloisonné entre les quatre personnages principaux, on zappe d’une histoire à l’autre, un comédien devenant le narrateur de l’histoire suivante. Une manière d’évoquer comment la vie d’un autre devient une fiction dès lors qu’on la raconte. Le travail de Mariano Pensotti traite beaucoup de la relation entre fiction et réalité à laquelle tout créateur est confronté : on a beau parler du réel, on y apporte toujours une interprétation, on la transforme.

Fiction et réalité

En fait, la fiction commence dès qu’une relation à l’autre existe. À plusieurs reprises, on voit Mario ou Pablo se dissocier : leur corps est face à leur interlocuteur quand leurs pensées sont ailleurs, ils jouent eux-même un personnage dans leur propre vie. Plus tard, la vie de Vicky est mise en scène dans une pièce, celle de Mario dans un film japonais. Ils ne se reconnaissent pas, leur existence leur est étrangère.

Le plateau tournant, comme s’il était impossible de faire une pause pour réfléchir à ce que l’on veut de la vie, comme s’il était impossible de décider de son sens, se vide progressivement de son décor. Les illusions partent. En dehors de ce cercle, symbole de la perfection et de l’éternité, des cartons s’entassent, immobiles.

Finalement, on est heureux de retrouver, sur la grande scène de la Colline, un théâtre fait de narration, de dialogues et d’action. Et quatre très bons comédiens pour servir de multiples personnages, au point qu’au moment du salut, le spectateur est presque surpris de les voir si peu nombreux. Il faudrait faire l’expérience d’assister à une pièce dont on ne comprend pas la langue et sans surtitres pour goûter aux seuls comédiens.

Visuel : © El pasado es un animal grotesco, Almuneda Crespo

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